samedi 11 août 2012

"Refondation" de l'école: quelques contributions ... (MAJ: 13 août)


Je ne crois pas une seconde à l'utilité de la fameuse concertation menée pendant ces vacances à l'instigation de notre nouveau ministre de l' Éducation Nationale Vincent Peillon, je l'ai déjà écrit sur ce blog. Pire, je pense qu'il ne s'agit que d'un écran de fumée destiné à noyer le poisson (jolie image, non?) et à donner un gage démocratique à tous ceux qui -pourtant pour la plupart avec sincérité- réclament une rénovation du système scolaire français.

D'autant que si on se réfère aux déclarations les plus récentes de notre agrégé de philosophie de ministre (études et compétences qui donnent toutes les armes nécessaires à un enfumage de qualité), nous autres directeurs d'école pouvons toujours nous brosser et rester otages de notre lourde et incompétente hiérarchie.

J'aimerais me tromper. Mais ma longue carrière m'incite à rester méfiant devant les manœuvres politiciennes. Néanmoins, je dois souligner que parmi les contributions des internautes mises en exergue sur le site de la "Refondation" de l'école, quelques-unes soulignent l'importance de notre métier. Voici donc quelques contributions des internautes:

18 juillet 2012

Je suis directeur d’une école élémentaire de huit classes. Avec l’évolution des tâches et des responsabilités qui m’incombent, de plus en plus nombreuses, diverses et pointues, je ne me considère plus, et de loin, comme un « enseignant chargé de tâches administratives ». La direction est devenue un vrai métier que j’exerce le plus souvent en dehors des quelques heures de décharge que j’ai normalement pour cela. C’est un métier qui me plaît pourtant, autant que celui d’enseigner, mais il devient trop lourd. Son statut doit évoluer ainsi que les conditions de son exercice : l’École de 2012 n’est plus du tout celle de 1946…

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Cette proposition est fondée sur la conviction, partagée par tous les cadres du système éducatif, que les directeurs d’école sont la pierre angulaire du premier degré. Cette proposition est prioritaire car la mobilisation des directeurs sera un levier important pour rétablir la confiance et assurer la réussite de la refondation de l’École. La responsabilité d’une classe rend la fonction de direction difficile à assumer malgré l’actuel système des décharges. Les directeurs expriment le désagrément de « sacrifier » l’une ou l’autre des fonctions et de manquer de temps pour assurer la direction. Il convient donc d’augmenter les temps de décharge de classe, mais sans forcément diminuer le temps d’enseignement.
 Il y a en effet une grande différence entre l’exercice d’une responsabilité de classe et d’autres activités d’enseignement. Les directeurs doivent ainsi pouvoir demeurer des enseignants proposant des activités diverses au sein de l’école, notamment dans le domaine des aides aux élèves à besoins éducatifs particuliers.

En termes de gestion de postes, cela permettrait aussi, même si ce n’est pas l’essentiel, de répondre en partie à la demande syndicale d’enseignants surnuméraires.

Pour éviter toute dérive, il conviendrait de définir précisément, dans un texte actualisant les fonctions des directeurs, les conditions de mise en œuvre des décharges. On distinguerait d’une part le temps consacré au travail administratif, à l’animation et à l’organisation pédagogiques, et d’autre part le temps réservé à des activités d’enseignement.

Les écoles en réseau prioritaire où cette organisation est mise en place – parce que le directeur bénéficie, par exemple, d’une demi-décharge statutaire et d’un mi-temps de poste surnuméraire – sont la plupart du temps celles qui sont les plus efficaces. Car le directeur y a la disponibilité d’esprit et d’action pour assurer sa fonction.

24 juillet 2012

La direction d’école ne s’improvise pas. Elle demande une conscience claire des enjeux aussi bien nationaux que territoriaux. Une maîtrise des nouveaux outils de l’information et de la communication. Diriger une école, c’est être capable d’évaluer les besoins d’adaptation de la structure et les moyens à mettre en œuvre et de négocier avec les élus dans des débats ou des dossiers faisant apparaître clairement les projets de l’École de la République et la nécessité d’inscrire son action dans le territoire.
La direction d’école, c’est aussi accueillir les personnels et favoriser l’intégration de tous dans une équipe au service des élèves.
C’est, bien sûr, rappelons-le, travailler au moins une semaine après la sortie des classes et reprendre une semaine avant la reprise officielle. Passer des heures au quotidien pour s’assurer de la stabilité de l’organisation et du respect des règles de sécurité dans le fonctionnement.
La direction d’école sera-t-elle enfin reconnue comme le vrai métier qu’elle nécessite d’exercer au quotidien et dont il conviendrait enfin de définir le statut ou bien demeurera-t-elle jusqu’à son extinction, faute de combattants, un sacerdoce que les générations qui montent, ne voudront plus assumer ? Former les personnels de direction et définir un statut de la direction d’école est devenu une impérative nécessité. Si le système doit être juste et efficace, comment le sera-t-il si les responsables eux-mêmes fonctionnent dans l’urgence. Sur quels critères seront définies les priorités? Et que dire de l’égalité des chances pour les élèves si la formation des personnels de direction n’est pas harmonisée pour assurer à chaque mode de gestion la même efficacité?

6 août 2012

Il est temps de redéfinir les missions et conditions de travail des directeurs d’école.
Il y a un manque de formation cruel, une vraie méconnaissance du terrain par nos supérieurs indirects, des demandes hiérarchiques dont nous cherchons encore l’utilité et l’impact sur nos élèves.
J’ose à peine aborder la question des personnels recrutés pour l’aide administrative aux directeurs à qui nous donnons une formation plus que sommaire (quand nous trouvons un peu de temps) et qui sont remerciés au bout de six mois, puis remplacés dans le meilleur des cas (avec à nouveau du temps à trouver pour former la nouvelle personne).
Des propositions émanant des directeurs devraient être entendues, des solutions pourraient être envisagées qui ne grèveraient pas le budget de l’État et qui faciliteraient grandement notre travail au quotidien.


13 août 2012

Un vrai statut de directrice reconnu auprès des collègues, de l’institution avec des missions clairement définies, auprès de chacun de nos partenaires (ien, ia, collectivités, parents).
Au sein de l’école vis à vis de nos collègues, il devient urgent de supprimer ce flou relationnel/professionnel : simple  collègue chargée de tâches administratives ? Organisatrice de la mise en œuvre de projets visant la réussite des élèves  et à ce titre pouvant être reconnue pour évaluer les résultats, l’engagement de chacun…?
Des missions supplémentaires ? Du temps de travail supplémentaire ? Peu importe, si tout cela est précisé avant l’acceptation du contrat, reconnu (financièrement aussi).
Une formation OBLIGATOIRE  tous les 3 ans d’au moins deux semaines, pour se former aux nouveaux défis, échanger, éviter l’enferment dans un fonctionnement  supporté par les habitudes que l’on met malgré soit en place et qui tiennent lieu de règles !
Décharge totale ? Partielle ? Plus importante qu’aujourd’hui ? Je ne sais pas … mais de sûr des directeurs/trices qui connaissent le métier d’enseignant du 1er degré  pour l’avoir exercé …

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Pour un statut des directeurs
Directeur d’une école de 237 élèves, en ZUS -soit l’équivalent d’un petit collège- seul et unique interlocuteur de l’administration, de la municipalité, des parents d’élèves, de l’équipe enseignante et de tous les partenaires de l’École, je fatigue sérieusement… Là où le même petit collège est pourvu d’au minimum quatre personnels administratifs, je gère tout à mi-temps (demi-décharge), classe et direction, avec un sentiment régulier de travail bâclé, mal fait…
Pourquoi ne pas donner un réel statut aux directeurs d’école ? Ajuster les systèmes de décharge aux situations locales ?
Quand tous les directeurs lâcheront prise, comment fonctionnera notre École ?
Un directeur au bord de l’épuisement.

vendredi 10 août 2012

Quelle direction pour l’école du XXIe siècle ?


En 2010, M. Frédéric Reiss, député du Bas-Rhin, remet à M. le ministre de l’Éducation Nationale un rapport qui fait beaucoup de bruit dans les écoles. Ce rapport, dont le bilan sans faille reste aussi cruel aujourd'hui qu'il était il y a deux ans, pointe de façon exemplaire le rôle primordial des directeurs d'école dans le fonctionnement d'une école et la réussite des élèves, comme l'absurdité de leur situation présente. En voici quelques extraits:  

Tout individu a prononcé, prononce ou prononcera la phrase suivante : « Je veux parler au directeur ! ». 

Quand on rencontre un problème avec une administration, une entreprise, une association, une réaction raisonnable est certes de vouloir s’adresser à un responsable et, dans les cas où l’on ne connaît pas son titre, de faire usage du terme générique : directeur. A ce mot, sont en effet associés un certain prestige, une certaine distance, en tous les cas la capacité de prendre les décisions qui s’imposent… C’est du ressort du directeur.

 Les directeurs des écoles françaises ne sont pas conformes à ce stéréotype, du moins si l’on considère les écoles publiques (...). Et sans doute le profane n’en a-t-il pas conscience.

 (...) 

 Le directeur n’est pas le supérieur hiérarchique de tous les personnels de son école. Cette prérogative, pour les enseignants, échoit à l’inspecteur d’académie, directeur des services départementaux de l’Éducation nationale et, par délégation de celui-ci, aux inspecteurs de circonscription.

Concernant les personnels communaux travaillant au sein de l’école, ceux-ci sont certes placés sous l’autorité du directeur, mais uniquement pendant leur service dans les locaux scolaires. De manière générale, ses attributions en matière de ressources humaines sont limitées.

Parallèlement, le directeur d’école n’a guère de compétence budgétaire, une école n’étant juridiquement qu’un service de la commune, ou de l’intercommunalité, dont le directeur n’est pas un fonctionnaire. Il gère parfois quelque budget, dans le cadre coopératif ou associatif, mais pour des montants et dans des secteurs secondaires en considération de l’ensemble de l’activité qui se déroule dans les écoles, tout en s’exposant au risque de la gestion de fait.

Analyser les responsabilités confiées au directeur aide à appréhender la multiplicité des défis de terrain, jour après jour. Le directeur d'école occupe trois types de fonctions.

1 – Le directeur a vocation à exercer un leadership pédagogique

L’école ayant pour finalité première de délivrer un enseignement, il est naturel que celui ou celle qui en assure la direction se voie confier des prérogatives dans le domaine. C’est ainsi que le directeur assure la coordination entre les maîtres, réunit l’équipe éducative, veille à la diffusion de l’information auprès des maîtres, participe à la formation des futurs directeurs, prend part aux actions destinées à assurer la continuité éducative.

Il préside le conseil des maîtres de cycles, le conseil des maîtres et le conseil d’école, autant d’instances placées au cœur de l’activité pédagogique. Qu’elles prennent des décisions ou rendent un simple avis, elles sont le lieu où doivent s’impulser un dialogue, une dynamique.

Le projet d’école (...) s’élabore sous l’impulsion du directeur : celui-ci a bien une vocation de leader pédagogique.

De plus, il répartit les élèves entre les classes et les groupes, après avis du conseil des maîtres, répartit les moyens d’enseignement et arrête, de nouveau après avis du conseil des maîtres, le service des instituteurs et professeurs. Il est donc décideur en ces domaines.

L’action pédagogique du directeur revêt une dimension supplémentaire quand il s’agit des élèves en difficulté, voire en grande difficulté. C’est en lui que le législateur a placé sa confiance pour repérer les situations à problème et proposer, le cas échéant, aux parents de mettre en place le PPRE. De même, il joue un rôle non négligeable dans le cadre des RASED, en termes d’information, de dialogue avec les familles, de liaison, de concertation entre l’équipe des maîtres et l'équipe du réseau d’aide spécialisée, de bonne intégration de l’aide spécialisée dans la vie de l’école.

2 – Le directeur personnifie l’école pour l’extérieur, il assume des fonctions relationnelles

C’est souvent avec lui et lui seul que les parents conversent au quotidien, le matin quand arrivent les enfants, le soir quand ils repartent. Du reste, le décret de 1989 confie au directeur l’organisation de l’accueil et de la surveillance des élèves et, de manière plus explicite encore, le dialogue avec leurs familles. C’est souvent vers lui que les usagers du service public se tournent en cas de conflit, de réclamation, de demande d’explications.

Parallèlement, il représente l’institution auprès de la commune et des autres collectivités territoriales. Il a des relations à assurer avec les intervenants extérieurs de l’école, dont les associations.

Mais le directeur n’a pas explicitement la possibilité de représenter l’école dans toutes les circonstances, pas plus qu’il ne représente l’État au sein de l’école et il ne peut représenter le maire, alors que l’école est un service communal. Les partenaires de l’école en sont réduits à regretter l’absence, plus que d’un interlocuteur, d’un véritable partenaire, avec lequel monter des projets, desquels obtenir des réponses, à même de décider de son propre chef sans obtenir une autorisation préalable. Or, que l’école puisse nouer des partenariats fructueux est plus souhaitable que jamais. Le directeur a de plus en plus vocation à travailler hors les murs, dans la mesure où il faut considérer les enfants dans leur globalité et non seulement gérer leur temps scolaire.

 (...)

3 – Le directeur assure le fonctionnement administratif de l’école

Le directeur veille au respect de la réglementation, procède à l’admission des élèves, s’assure de leur assiduité, définit le service des collègues, répartit les moyens d’enseignement, fixe les modalités d’utilisation des locaux pendant le temps scolaire, organise les élections, réunit les conseils, rend compte aux autorités académiques.

Dans le même temps, les prérogatives du directeur d'école pour la gestion des ressources humaines de l’école et pour son budget sont réduites à la portion congrue. Par exemple, pour conclure les contrats de recrutement des agents sur emploi vie scolaire (EVS) exerçant dans une école, c’est le chef d’un EPLE qui seul a la compétence, ce qui inclut la faculté de refuser ce recrutement, au grand dam du directeur.

De même, le directeur d'école n’ayant que peu ou pas de responsabilités budgétaires, il est dépourvu de marges de manœuvre en la matière, d’autant plus avec la réduction tendancielle des crédits pédagogiques. Concernant les locaux, l’investissement est de la compétence de la commune, ou du groupement : le directeur ne peut pas décider de déplacer une cloison ou d’effectuer telle opération de travaux avant telle autre.

Certes, le déficit de pouvoir décisionnel en matière administrative ne saurait interdire au directeur de solliciter, de négocier, de convaincre. Mais la signature au bas d’un acte est rarement la sienne.

Les écoles ne s’administrent pas elles-mêmes, pas plus qu’elles ne se gouvernent elles-mêmes. Or, quand une équipe éducative s’est aperçue que, par exemple, l’expression écrite réclame la première des attentions collectives, elle aimerait pouvoir passer elle-même à la mise en œuvre des réponses qu’elle a envisagées, sans attendre en permanence un hypothétique feu vert de l’autorité supérieure, qui peut non seulement prendre du temps mais peut aussi provoquer une nouvelle frustration devant les procédures. Quant à ladite autorité supérieure, l’inspection de circonscription bien souvent, elle aimerait parfois mieux se concentrer sur des activités plus stratégiques.

La limitation actuelle des prérogatives de l’école et de son directeur amène à ne guère conserver des fonctions administratives que les plus ingrates d’entre elles, dont les plus répétitives relèvent du « rendre compte aux autorités académiques ». Elle contribue à charger le mot « administratif » de bien des maux, au point qu’une majorité des interlocuteurs rencontrés en préparation de ce rapport assimile le mot « administratif » au mot « nuisance ». Une perception aussi péjorative n’incite pas les acteurs à chercher à s’impliquer dans la vie de leur école, d’autant plus quand ils voient que, dans les EPLE, vingt-cinq ans après leur création, le chef d'établissement donne parfois l’image d’un fonctionnaire enfermé dans son bureau et lui aussi submergé par les formalités.

(...)

Les directeurs réclament du temps et de la reconnaissance

Les auditions et tables rondes menées à l’occasion de ce rapport comme précédemment à celles-ci donnent à percevoir chez les directeurs deux caractéristiques majeures de la fonction de cadre :
 - la gestion de son temps, trop souvent subi ;
 - l’exercice d’une responsabilité personnelle pesante.

Sur l’un et l’autre points, le directeur d'école ne diffère guère des cadres que l’on peut rencontrer dans et hors du service public. La liste des motifs d’insatisfaction des directeurs d'école français, comme de l’OCDE, comprend plus largement les éléments suivants : accumulation des tâches, urgence, absence de vision sur les priorités, manque de reconnaissance, manque de moyens, surabondance du travail administratif, obligation excessive de disponibilité, impact sur la vie de famille, stress …

Ce tableau a quelque chose de familier. Il est comparable aux enquêtes sur le moral des cadres dont la presse se fait régulièrement l’écho. Une telle similitude ne saurait étonner : les directeurs d’école appartiennent bien au personnel de catégorie A, qui a vocation à accomplir des tâches d’encadrement et de conception. Par ailleurs, l’on se souviendra qu’une enquête récente montrait que, quand 40 % des cadres français disaient éprouver un sentiment de découragement, ce ratio grimpait à 70 % quand on retenait la seule population des enseignants du premier degré.

(...)

Ainsi, le manque de temps est un problème unanimement soulevé. Il découle en partie de ce que des chercheurs appellent un phénomène de « double charge », résultant de l’addition des fonctions d’enseignant et de manager d’une entité. Ce problème se retrouve dans de nombreux pays lui aussi, notamment de l’autre côté de la Manche : en Angleterre, 60 % des chefs d'établissement de l’enseignement primaire qualifient l’équilibre entre leur vie professionnelle et leur vie personnelle de précaire, voire très précaire. Poser la même question aux directeurs français ne manquerait pas d’intérêt.

Outre le temps, le principal grief exprimé par les directeurs d'école prend la forme de ce qu’ils appellent un manque de reconnaissance de la part de leur employeur. Il se répète quelles que soient les conditions : volume de la décharge, localisation de l’école, relations au sein de celle-ci et autres. On note que le mot « reconnaissance » renvoie à une inadéquation entre le mérite que l’on estime avoir, les efforts que l’on a fournis, et la manière dont ils sont pris en compte par autrui. La reconnaissance est un concept éminemment subjectif. Il n’en domine pas moins les conversations. Il est vrai que, notamment, la fonction de directeur d'école n’offre que peu de perspective en tant que telle. Le « merci » en fin de carrière est le même qu’on ait été directeur pendant deux ans ou vingt ans ! 

 (...) 

Et pourtant, que n’a-t-on entendu qu’« une école qui tournait, et qui ne tourne plus, ça correspond fréquemment à un changement de directeur » ! Le rôle du directeur d'école est déterminant dans la capacité d’une école à accomplir avec succès sa mission.

jeudi 9 août 2012

Ce qu'on ne vous dit pas sur l'éducation en Finlande...


Voilà un excellent reportage canadien qui explique fort bien ce que nos politiques vous cachent avec grand soin sur l'éducation en Finlande. En effet, si nos ministres successifs donnent constamment ce pays en exemple, ils savent fort bien également en occulter certaines pratiques pour ne garder que ce qui les arrange! Le nombre d'élèves par classe, par exemple, comme le nombre de ceux qui les encadrent (de deux à trois personnes pour 20 à 25 élèves maximum)... Intéressant, non? Je ne parlerai pas de la considération attachée aux enseignants -en Finlande, on se bat pour enseigner, contrairement à ce qui se passe en France-, ni des responsabilités des directeurs d'école (regardez la vidéo), ni des programmes, légers et progressifs. Ce qui, d'ailleurs, cela me rappelle la citation suivante:

"L'enfant n'est pas un vase à remplir mais un feu à allumer".

C'est très drôle, mais j'ai trouvé cette citation en français et en anglais ("Education is not the filling of a pail, but the lighting of a fire.") attribuée au poète Yeats, à Rabelais, Socrate, Montaigne, Aristophane, mais sans jamais en trouver une source valide, soit le texte original... Bref, voilà la vidéo:


lundi 6 août 2012

Une direction d’école sans véritable statut...


La direction d’une école est assurée par un instituteur ou un professeur des écoles nommé par l’inspecteur d’académie. Le directeur peut, selon la taille de l’école, être partiellement ou totalement déchargé d’enseignement. L’institution lui confie des responsabilités croissantes, mais il reste un pair parmi ses pairs, et l’on constate à chaque rentrée de nombreux refus d’exercer la responsabilité de directeur, les inspecteurs d’académie devant alors recourir à des réquisitions.

Les responsabilités de la direction d’école sont triples : administratives (veiller au respect de la réglementation, procéder à l’admission des élèves, définir le service de ses collègues et répartir les moyens d’enseignement...), pédagogiques (assurer la coordination entre les maîtres, réunir l’équipe éducative, veiller à la diffusion de l’information auprès des maîtres…), relationnelles (travailler avec la commune, les parents, les agents économiques, les associations et les autres services de l’État…).

Le titulaire de la fonction n’a pas l’autorité nécessaire pour assurer pleinement la direction de son école. À tel point que la gestion des emplois de vie scolaire du primaire est assurée par les établissements du second degré, dotés de la personnalité juridique nécessaire. Sur le plan pédagogique par exemple, le conseil d’école, qui définit et conduit le projet d’école, a un rôle souvent formel, faute de disposer des pouvoirs d’un conseil d’établissement ou d’administration.

Une grève administrative des directeurs, consécutive au débat sur leur statut, prive le système éducatif de statistiques pour l’école primaire depuis bientôt dix ans - le nombre exact des élèves du primaire n’est même pas connu -, rendant son pilotage d’autant plus incertain. La durée et l’ampleur de ce mouvement constituent une anomalie sans équivalent dans la fonction publique.

Même s’il s’agit d’un sujet sensible, le débat sur la fonction de directeur d’école primaire, dotée de compétences explicites, ne devrait plus être éludé.

Sympa, non? Ce texte date de 2007, et il émane du Haut Conseil de l'Education (HCE). On y trouve aussi un mot sur les inspecteurs (IEN) que j'approuve pleinement, la redéfinition du rôle des directeurs d'école impliquant obligatoirement une remise à plat -et un recentrage- de celui des inspecteurs:

Le constat qui précède conduit à s’interroger sur la mission et le nombre des IEN. Mille trois cents inspecteurs ont la responsabilité de 56 000 écoles et de plus de 300 000 enseignants. Une partition des plus grandes circonscriptions paraît, à tout le moins, s’imposer. En tout cas, les missions des IEN devraient être reprécisées, notamment le temps qu’ils ont à consacrer aux visites dans les écoles et aux inspections individuelles. La réflexion sur le statut de directeur d’école impliquera de repenser la répartition des responsabilités entre directeurs et IEN. Enfin, le mode de recrutement et la formation des IEN devront tenir compte de laredéfinition de leurs missions. 

Congrès de Toulouse...


Du 26 au 28 octobre prochain, le PS tiendra à Toulouse son congrès. Je n'y porte d'habitude aucune attention, mais un petit détail m'a ce coup-ci fait tendre l'oreille -que je peux avoir attentive-. Une des contributions intitulée "Redonner confiance aux professeurs" et signée Patricia Schillinger -Sénatrice du Haut-Rhin-, comporte ces quelques mots:

Actuellement, un inspecteur est le supérieur hiérarchique de quatre cent à cinq cent personnes. La modification de cette organisation implique donc soit d’accroitre le nombre d’inspecteurs ou des membres des équipes d’inspection, soit d’ajouter un nouveau niveau hiérarchique, ou un nouveau statut, afin d’intensifier le travail constructif sur le terrain. La modification du rôle du directeur d’école, dont le statut ne lui permet pas de gérer efficacement une école, est une piste à envisager. 

Je ne peux qu'applaudir à grand bruit. Mais je m'étonne d'une chose: M. Reiss, qui appuie la même demande mais qui est lui membre de l'UMP, est député du Bas-Rhin. Les alsaciens seraient-ils plus conscients -ou plus honnêtes- que les autres?

samedi 4 août 2012

Repenser l’encadrement des établissements scolaires...


Joël Rich, maître de conférences à l'Université Bordeaux 2, a fait paraître en 2010 à Bruxelles, chez De Boeck, un excellent ouvrage intitulé "Les nouveaux directeurs d’école. Repenser l’encadrement des établissements scolaires".

Comparant les systèmes belge, canadien -en particulier québecois-, et français, Joël Rich aboutit bien entendu à un constat terrible pour le système hexagonal. En voici un extrait:

 "On mesure combien le directeur decole primaire reste en marge de ce qu’il est convenu d’appeler en France les personnels de direction. Ainsi, le site du ministère formalise-t-il, à l’occasion de cette rubrique, une nouvelle césure entre les anciens « ordres » : l’ordre primaire et secondaire. En fait, les directeurs d’école ne sont pas considérés comme des personnels de direction à part entière. Il est seulement mentionné que : « Les personnels de direction ont vocation à occuper un emploi de chef d’établissement ou d’adjoint, principalement en collège, lycée ou lycée professionnel. »
 
A la mesure des influences internationales comme celle amenée par le Canada, et selon la modélisation anglo-saxonne, mais aussi le fonctionnement de certains pays européens les plus proches, comme la Belgique francophone, la France apparaît de ce point de vue bien isolée et surtout sans vraies justifications opposables. On mesure, dans ces conditions, l’importance des transformations que devront accomplir les écoles française et surtout, leur direction. On perçoit à quel point s’engagent pour l’avenir des directeurs, des processus d’acculturation complexes. Le directeur d'école français que nous avons quitté à la fin des années 1980, risque à court terme d’être en demeure d'opérer une transformation complète de ses repères professionnels et de son identité professionnelle toute entière, malgré des oppositions passées, formulées un peu rapidement, pour un « maître-directeur ».
 
La comparaison avec un directeur québécois révèle la mesure de différences qui devront tôt ou tard être abordées. Ainsi, en France, un maître peut devenir directeur avec une formation qui n’est pas de très longue durée. Celle-ci se borne à quelques journées de stage consacrées au versant administratif de la fonction. Un niveau universitaire n’est pas exigé, comme cela est le cas au Canada. Mais la comparaison avec le Québec montre aussi un décalage important du point de vue de la centration sur l’activité de direction. Bien sûr, certains directeurs français d écoles importantes par le nombre de classes sont dispensés de faire la classe. Les « décharges complètes de classe » pour les directeurs interviennent à partir de quatorze classes dans l’école. Mais la taille moyenne des écoles françaises reste inférieure à ce nombre et, le plus souvent, le directeur assure le cumul de la profession d’enseignant avec celle de dirigeant responsable de l’école toute entière.

Au Québec, pour espérer obtenir un poste de directeur d’école primaire, il est préférable d’avoir fait des études de gestion et d’administration. Dans les petites écoles où il y a peu d’enfants, il n'y a qu’un directeur. Par contre, si le nombre d'élèves est important, il est même possible d’avoir un directeur adjoint. De plus, dans toutes les écoles, il y a des secrétaires qui travaillent en étroite collaboration avec les directeurs et qui s'occupent de gérer les dossiers administratifs. Un peu à la façon d'un établissement secondaire français, toute absence d'élève sera, par exemple, traitée par le secrétariat. lequel entrera en relation directe avec la famille. L'importance et l’intérêt d'un secrétariat permettent de régler tout un ensemble de tâches dont on comprend bien l’apport (répondre au téléphone, accueillir les services locaux, les visiteurs, en général, préparer les photocopies pour les classes, les réunions, les factures, etc.). En comparaison, le dénuement du directeur français semble frôler l'indécence. Celui-ci semble en effet devoir cumuler trois métiers. S'il semble en effet promis à une charge voisine de celle de son collègue canadien, il doit aussi assurer la charge d’instituteur/professeur des écoles, pour être secrétaire à part entière de son école. Si l’on considère que le directeur canadien est accompagné d'un personnel d’entretien, on perçoit à quel point le directeur français maintenu dans son statu quo fait figure de parent pauvre."

Le lien donné en tête de billet vous donnera une meilleure idée de l'ouvrage, que nous ne pourrez néanmoins lire in extenso qu'en en faisant l'acquisition, ce que je vous recommande chaudement. Mais au-delà de ce constat supplémentaire que nous devons ajouter à la longue liste de ceux qui déjà dénoncent la présente situation des directeurs d'école en France, comme son absurdité quant à une gouvernance efficace des écoles, combien faudra-t-il accumuler de dénonciations de ce type pour que notre système d'enseignement soit réformé et retrouve une efficacité pleine et entière? Combien faudra-t-il accumuler de faits et de chiffres pour que les directeurs d'école de notre pays obtiennent enfin un statut qui leur permette d'exercer sereinement leur mission?

vendredi 3 août 2012

Persiste et signe...


La période des vacances d'été a beau devoir être propice au farniente -de l'italien far niente, ne rien faire du tout-, certains n'en continuent pas moins à œuvrer pour que les directeurs d'école reçoivent le statut qui leur est nécessaire pour travailler. Parmi ceux-ci, il m'est agréable de trouver un député. Certes celui-ci est connu pour sa motivation, puisqu'il s'agit de M. Frédéric Reiss, auteur d'un fameux rapport exposant clairement tenants et aboutissants, et hélas resté lettre morte. Mais M. Reiss, je l'en remercie, persiste et signe, en fait foi cette question écrite du 31 juillet (oui, vous étiez en train de boire un pastis):

M. Frédéric Reiss attire l'attention de M. le ministre de l'éducation nationale sur la situation des salariés en CUI recrutés sur les emplois de vie scolaire dans l'éducation nationale en lien avec l'aide administrative aux directeurs d'écoles. Le Gouvernement a annoncé dès sa prise de fonction le renouvellement de 15 000 contrats aidés à la rentrée prochaine, avec le principe du réemploi des salariés occupants ce type de contrat et n'ayant pas atteint la durée maximale juridique des 24 mois. Or, sur le terrain, on constate beaucoup d'ayants droits écartés systématiquement du réemploi, ce qui ne fait qu'aggraver leur situation déjà précaire. Les EVS occupent diverses fonctions dans l'éducation nationale (assistance handicap, aide administrative, aide à la surveillance...). S'il est normal de maintenir à un haut niveau l'assistance au handicap, il est regrettable que l'aide administrative aux directeurs d'école risque de connaître dès la rentrée prochaine une dégradation des moyens préjudiciable au bon exercice de la fonction de directeur. C'est pourquoi il lui demande de bien vouloir lui dire ce que le ministère entend faire pour la sauvegarde de ces emplois plébiscités sur le terrain en attendant un réel statut pour les directeurs d'école.

Tous ceux qui lisent ce blog savent ce que je pense des EVS. Demander à l'état de créer des emplois précaires payés à coups de lance-pierre me semble le comble de l'ignominie. Mais la formulation de la question me plait énormément en ce sens que M. Reiss précise bien en fin de question qu'il fait cette demande  "en attendant un réel statut pour les directeurs d'école". Merci M. Reiss, je n'en attendais pas moins.