samedi 18 août 2012

Est-ce bien nécessaire?


Le Journal Officiel du 11 août dernier nous apprend que M. Peillon crée par arrêté 100 nouveaux postes d’Administrateur de l’Éducation Nationale d'ici septembre 2014. Est-ce bien nécessaire? L’administration de ce ministère pléthorique croule déjà sous le nombre des "bureliers", comme disait Zézette. Faut-il vraiment en ajouter d'autres?

Le site du ministère nous apprend que les administrateurs de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche (AENESR) exercent des fonctions- impliquant un haut niveau de qualification- d’animation, de coordination, d’expertise ou de conseil au sein de l’administration centrale, dans les services à compétence nationale, dans les services déconcentrés ainsi que dans les établissements publics à caractère administratif ou scientifique, culturel et professionnel, y compris dans les EPLE.

Bref, voilà encore de hauts fonctionnaires qui vont abreuver le terrain de prose indigeste, de recommandations funestes, d'exigences superfétatoires, alors que dans les écoles françaises les directeurs d'école meurent déjà d'une indigestion de circulaires administratives.

Ce n'est plus un mammouth, c'est un diplodocus.

vendredi 17 août 2012

Oubliés de la République?


Il est amusant de voir certains tourner autour du pot, souvent de plus de façon maladroite.

Olivier Caremelle signe chez Educavox un billet, daté du 16 août 2012, dans lequel fort justement il réclame, au nom des communes, un statut juridique pour l'école primaire:

Trente ans après les premières lois de décentralisation, il est temps d’entamer un nouveau virage en évitant de faux débats. Nos écoles ont moins besoin d’un statut juridique que de politiques éducatives locales et en premier lieu celles des communes et des départements.

M. Caremelle a raison. Mais ce qui est comique, c'est que M. Caremelle manifestement ne voit pas qu'un  tel statut implique que les directeurs d'école aussi aient un véritable statut, différent de celui de leurs adjoints. A peine effleure-t-il le sujet en fin de billet, presque à contrecoeur:

Enfin, il paraîtrait normal d’accorder aux directions d’écoles pour leur engagement au quotidien, pour leur travail et leur compétence au sein des écoles, une meilleure reconnaissance de la République en leur attribuant une rémunération et un temps de décharge plus importants qu’aujourd’hui.

Vous remarquerez que M. Caremelle ne parle pas des hommes et des femmes qui font ce métier, en leur donnant leur nom de directeur ou directrice, mais qu'il évoque avec pudibonderie une "direction d'école" impersonnelle, utilisant en cela la même rhétorique que les syndicats qui nous ignorent, SNUipp en tête.

Désolé, M. Caremelle, mais la "direction d'école", cela n'existe que dans les textes officiels qui abordent le sujet de façon générale. Étant de la "famille", vous ne pouvez l'ignorer. Alors vous contenter de réclamer temps et rémunération comme vous le faites, c'est faire preuve de bien peu de considération pour les hommes et les femmes qui font ce qui aujourd'hui est devenu un véritable métier. Ou alors, et c'est malheureusement ce que je subodore, vous jouez le jeu dangereux de la négation de notre existence et de notre investissement, quitte -car c'est ce qui vous pend au nez- à lâchement abandonner l'influence et l'importance d'une action municipale au profit de la sujétion aux principaux de collège que je dénonce dans mes billets précédents, et qui est manifestement fortement désirée par la FSU. Votre discours aurait donc l'effet inverse de celui que vous appelez de vos vœux, que je pense sincères.

Soyez logique, M. Caremelle, et soutenez donc les directeurs d'école dans leur combat pour obtenir un statut.

jeudi 16 août 2012

La "Gauche" va-t-elle créer un statut pour les directeurs d'école?


La réponse est bien évidemment "non". Vincent Peillon l'a clairement exprimé récemment, et déjà en juillet 2011 Bruno Julliard, à l'époque Secrétaire Général du PS en charge de l'éducation et aujourd'hui conseiller auprès du ministre de l'Éducation nationale, l'exprimait tout aussi nettement au micro lors d'un intéressant débat organisé par aufeminin.com:

Pour être très direct, je ne crois pas que la question du pouvoir ou de l’augmentation du pouvoir des directeurs d’école, encore moins la création d’un établissement public d’enseignement autonome soient une priorité. D’abord parce que c’est coûteux, ensuite parce qu’on a probablement d’autres chantiers prioritaires qui vont mobiliser et de l’engagement politique et de l’engagement économique. En revanche, il y a 3 sujets qui doivent être traités dans la gouvernance : 
- Accorder plus de pouvoir d’agir aux équipes éducatives, aux enseignants dans les écoles primaires, quand on met en place la politique des cycles ; ça veut dire qu’il faut qu’on ait des enseignants qui soient en capacité d’avoir cette autonomie pédagogique. 
 - Ensuite, il faut améliorer l’accompagnement des projets éducatifs dans les écoles et ça demande une réforme importante de l’administration et notamment des inspections d’académie. Ça passe par une réorientation du travail des inspecteurs pas en nombre suffisant et aujourd’hui pas formés pour ça. 
- Et puis le dernier élément, je partage ce que vous avez dit, c’est accroître les liens entre l’école primaire et le collège.

Donc, chers collègues directeurs, vous pouvez aller vous brosser! M. Julliard a d'autres priorités... Pire, Bruno Julliard partage cette idée abominable -que je dénonce dans mon précédent billet- de remplacer les directeurs (ces casse-pieds) par les principaux de collège. Il faut dire que Julliard fut de 2005 à 2007 président de l'UNEF, dont les liens avec la FSU ne sont plus à démontrer. Mes amis, l'école que nous aimons sent le sapin...

Comment les syndicats vont tuer l'école...


Certains syndicaux profondément sclérosés -par une vision post-communiste et illusoire d'une école autogérée-, je veux dire ceux affiliés à la FSU, refusent obstinément de voir que les directeurs d'école font aujourd'hui un métier différent de celui de leurs adjoints, et n'admettent pas l'idée d'un statut qui les en différencierait. Soit. Mais ce refus enfonce chaque jour un peu plus l'école française dans la mouise, et porte dans ses bagages une menace beaucoup plus insidieuse et violente, menace qui se précise quotidiennement, et annonce la mort de l'école telle que nous la connaissons. Cette menace porte plusieurs noms, et c'est le sénateur Jean-Claude Carle qui l'a le mieux définie dans son rapport d'information du 21 juin 2011. Certes, me direz-vous, les élections présidentielles sont passées par là. Le problème est que la proposition avancée par M. Carle est simple à mettre en œuvre, économique, et surtout soutenue par des élus de tous les bords politiques! Elle consiste à régler le problème de l'école primaire en soumettant celle-ci aux collèges de leur secteur. C'est pour moi le pire cauchemar que je puisse faire quant à l'avenir de notre école! L'idée de l'inféoder au collège, qui reste le maillon faible de l' Éducation Nationale, me révulse. Quel est donc l'intérêt pour un syndicat de l'école primaire de la laisser s'enfoncer dans un tel caca d'incompétence? C'est un simple calcul politique que je vous dévoilerai en fin de billet. Mais laissons parler M. Carle...

C'est un fait bien connu que les écoles ne disposent pas aujourd'hui du statut d'établissement public, contrairement aux collèges et aux lycées. Dépourvues de personnalité juridique, elles ne disposent ni de l'autonomie administrative, ni de l'autonomie financière. Le budget et la sectorisation relèvent du conseil municipal, tandis que les inspecteurs d'académie et les recteurs gèrent les affectations d'enseignants et les questions pédagogiques. L'autorité hiérarchique sur les enseignants est exercée au plus près par les inspecteurs de l'Éducation nationale, ce qui les rapproche des chefs d'établissement du second degré.
Cette organisation est peu propice au développement d'un effet établissement appuyé sur l'émergence d'une dynamique des équipes pédagogiques autonome, responsable et évaluée, ce que la mission -encore une fois- considère comme essentiel pour améliorer les résultats des élèves et les performances globales du système éducatif.
En outre, elle tend à se traduire par des différences de traitement importantes, en termes de moyens alloués par la collectivité territoriale, les budgets de fonctionnement et d'investissement étant très variables d'une commune à l'autre.
Tant en termes d'efficacité pédagogique, d'efficience financière que d'équité, le défaut de structuration du premier degré et, corrélativement, la faiblesse de l'animation pédagogique locale sont préjudiciables.
Dans le but d'améliorer le fonctionnement des écoles, notamment en milieu rural, et d'instituer un véritable pilotage pédagogique local, susceptible d'accroître la réactivité du système éducatif, l'article 86 de la loi n° 2004-809 du 13 août 2004 relative aux libertés et aux responsabilités locales prévoyait la création à titre expérimental d'établissements publics d'enseignement primaire (EPEP). Les établissements publics de coopération intercommunale ou plusieurs communes d'un commun accord, ou une commune, pouvaient, après avis des conseils des écoles concernées et accord de l'autorité académique, mener, pour une durée maximum de cinq ans, un regroupement d'écoles au sein d'une structure institutionnelle commune.
Il s'agissait ainsi d'accroître les synergies entre les écoles et de mutualiser leurs moyens sans avoir à faire disparaître les sites physiques où se déroulaient les cours. Le conseil d'administration de l'EPEP devait comporter des représentants des collectivités territoriales, des enseignants et des parents d'élèves, sur le modèle des établissements du second degré. L'ensemble des parties prenantes auraient été ainsi associées au fonctionnement du nouvel établissement public, ce qui aurait notamment permis de resserrer la coopération entre les communes et l'Éducation nationale, et de progresser vers l'exercice concerté des compétences de chacun. Cette expérimentation était cependant soumise à la publication d'un décret en Conseil d'État précisant les règles d'organisation et de fonctionnement des EPEP, qui n'a toujours pas été publié. Votre rapporteur a de nombreuses fois déploré l'inaction du ministère de l'Éducation nationale, qui a empêché la mise en œuvre d'initiatives novatrices voulues par le législateur.
Une proposition de loi relançant la création d'EPEP a été déposée à l'Assemblée nationale en octobre 2008, mais elle n'a toujours pas été inscrite à l'ordre du jour. Un rapport remis au Premier ministre en septembre 2010 par l'un des signataires, M. Frédéric Reiss, propose de relancer une expérimentation d'établissement public du primaire (E2P) dans les écoles de 14 classes et plus, sans imposer des modalités décidées en amont mais en labellisant des projets portés et façonnés par les acteurs locaux. Cette piste est intéressante, même si votre rapporteur regrette le temps déjà perdu depuis 2004 et espère que cette initiative ne restera pas lettre morte comme les précédentes, alors que l'ampleur de la réforme pédagogique entreprise dans le primaire appelle plus que jamais une redéfinition parallèle de la gouvernance.
Le projet d'EPEP ou d'E2P ne s'est pas encore réalisé sous la conjonction de différents facteurs qu'il faut prendre en considération : l'inertie du ministère qui, longtemps, n'a pas fait du primaire sa priorité budgétaire ni pédagogique ; l'hostilité des professeurs des écoles et des élus rassemblés dans l'Association des maires de France(AMF) qui se sentent directement contestés dans l'exercice de leurs fonctions traditionnelles ; la difficulté de doter les petites écoles de trois classes ou moins d'un statut adapté en réalité adéquat pour des structures plus importantes ; le traitement délicat des regroupements pédagogiques intercommunaux, concentrés ou dispersés, adossés ou non à un EPCI. Ces résistances et ces difficultés réelles incitent bien à rester dans une démarche expérimentale volontaire, en la réservant à des écoles ou des groupements de taille critique, sans l'imposer aux acteurs de terrain, ni trop la normer dans le détail. Ces principes, déjà posés par le législateur en 2004, restent plus que jamais valables et la mission les reprend volontiers à son compte.
Reste que l'expérimentation du statut d'établissement public dans le premier degré ne répond pas au souci de favoriser la porosité et la fluidité des apprentissages entre l'école et le collège. Il ne faudrait pas, au contraire, qu'une nouvelle structure administrative vienne renforcer plutôt que gommer la rupture entre le premier et le second degré, en la cristallisant définitivement. Le renforcement de l'autonomie des écoles par une transformation de leur statut ne doit pas aboutir à l'isolement et au cloisonnement des structures. C'est pourquoi la mission propose de compléter l'expérimentation des EPEP, réservés de toute façon à de grosses structures, par la constitution des réseaux du socle commun.
Sur le modèle des RAR, ces réseaux du socle commun réuniraient un collège et l'ensemble des écoles de son bassin administratif de recrutement. En effet, il ne paraît pas justifié de cantonner cette structuration à la seule éducation prioritaire, puisque l'acquisition du socle commun de connaissances et de compétences concerne tous les élèves. Cette rénovation aurait le mérite de ne pas nécessiter de réforme juridique préalable du statut des écoles pour les doter de la personnalité morale. Elle n'impliquerait que peu de modifications réglementaires, ni de grandes restructurations urbanistiques puisqu'elle n'impose pas de regroupement physique en un seul lieu commun. Elle pourrait donc être mise en oeuvre rapidement à petite échelle.
Un comité directeur rassemblerait le chef d'établissement et les directeurs des écoles du secteur, et associerait les partenaires locaux, tandis que l'IEN de la circonscription et les inspecteurs d'académie-inspecteurs pédagogiques régionaux (IA-IPR) constitueraient un « pôle externe d'évaluation et d'accompagnement », ce qui reviendrait à une première mouture du projet des RAR. Les réseaux seraient dotés dès leur naissance d'une cible nationale commune, précisément la maîtrise du socle par tous les élèves en fin de 3e, complété par des contrats d'objectifs plus ciblés avec les autorités académiques. Les élèves seraient suivis sur l'ensemble de leur parcours par une même équipe de direction sous la houlette du principal, qui devrait aussi -en concertation avec les directeurs d'écoles- s'engager dans l'animation pédagogique dès le CP. La continuité du parcours de l'enfant deviendrait évidente, sans hiatus. Une pédagogie différenciée et selon des rythmes d'apprentissage différents pourrait se déployer sur le long terme pour résoudre les difficultés scolaires. La stabilité des interlocuteurs sera également précieuse pour les parents, avec lesquels se nouera plus facilement un dialogue dans la confiance réciproque.
En outre, l'échange d'enseignants entre les écoles et le collège, notamment à la charnière CM2-6e, serait facilité. Plus généralement un dialogue sur les pratiques pédagogiques entre professeurs généralistes et spécialistes disciplinaires se nouera, ce qui devrait rendre plus aisée la diffusion de l'interdisciplinarité, de la transversalité et d'une approche par compétences des apprentissages. Ces nouvelles possibilités d'échanges au sein du réseau devraient également se révéler très utiles pour le développement de l'apprentissage d'une langue étrangère en primaire ou l'épanouissement d'activités d'initiation à la démarche scientifique.
La valeur ajoutée d'une meilleure articulation entre école et collège hors éducation prioritaire est d'ores et déjà recherchée par les acteurs de terrain. Ainsi, le recteur de l'académie de Versailles, M. Alain Boissinot, a annoncé que son académie expérimenterait cinq écoles du socle commun à compter de la rentrée 2011 : « Il est essentiel d'avancer sur la relation premier degré-collège. Les dispositifs RAR et Clair ont permis d'aller dans ce sens. Et l'académie expérimentera dès la rentrée prochaine sur cinq sites des « écoles du socle commun » afin que collèges et écoles travaillent le plus étroitement possible, qu'ils puissent échanger leurs enseignants. » Des professeurs des écoles pourront notamment se rendre en collège et être chargés de l'accompagnement éducatif et des enseignants de collège pourront assurer l'aide individualisée, en classes de primaire.

Qui peut sérieusement croire à un "dialogue" entre le primaire et le secondaire, surtout dans un "comité directeur" chapeauté par des IEN et des IA-IPR? D'ailleurs, M. Carle précise sa pensée plus loin dans son rapport, puisqu'il précise que

associés au comité directeur du réseau, ils [NDR: les directeurs] deviendraient les relais du principal de collège dans les écoles et pourraient éventuellement être assimilés à des adjoints du chef d'établissement.

Voilà qui est on ne peut plus clair. Adieu l'indépendance pédagogique, dans le fonctionnement ou dans les projets. Adieu l'attention portée au contexte local. Mettre les écoles primaires sous la coupe des IEN et des enseignants du secondaire, dont l'incompétence pédagogique en général est pourtant notoire, et donc renoncer à l'autonomie de fonctionnement des écoles, voilà pourtant ce que veulent les syndicats de la FSU, et en particulier le SNUipp. C'est logique, le gros des troupes de la FSU est constitué d'enseignants du secondaire qui aimeraient croquer la belle pomme des enseignants du primaire, et ainsi phagocyter leurs syndicats, comme le gâteau de la représentation syndicale l'implique aujourd'hui. L'époque n'est plus à la dispersion, mais au regroupement. Le SNUipp milite donc volontairement, mais surtout sans le dire, pour la disparition de l'école primaire, et pour sa propre dissolution dans le syndicalisme des lycées et collèges...

mercredi 15 août 2012

L' Article 35 ...


Non, ce n'est pas du Courteline. Quoique...


Après la première phrase de l'article L. 411-1 du code de l'éducation, il est inséré une phrase ainsi rédigée :
« Un décret en Conseil d'Etat fixe les conditions de recrutement, de formation et d'exercice des fonctions spécifiques des directeurs d'école maternelle et élémentaire. »

Jamais le décret du Conseil d'Etat n'a été rédigé. Sept ans de retard...

Purgon et Diafoirus ...



M. le président: - La parole est à M. Pierre-Christophe Baguet, pour soutenir l’amendement n°226. 

M. Pierre-Christophe Baguet: - Cet amendement est très important. Aujourd’hui, 4 000 postes de directeur d’école élémentaire sur 60 000, soit 15 %, ne sont pas pourvus. Cette situation résulte non d’un manque de volonté ou de motivation des enseignants, mais de la complexité de la charge, qui s’est amplifiée année après année. On demande en effet aux directeurs d’école d’assurer le suivi de travaux administratifs de plus en plus lourds, de s’occuper des relations avec les collectivités territoriales ou avec la hiérarchie, de répondre aux problèmes de sécurité, qu’elle soit physique, morale ou alimentaire, de prévoir des exceptions dans l’alimentation... Bref, ils sont en permanence au four et au moulin, sans même bénéficier en retour d’une reconnaissance de leur métier ni recevoir une formation adaptée. En outre, les décharges d’enseignement qui leur sont accordées sont trop peu nombreuses pour leur permettre de devenir de véritables animateurs de leur école, c’est-à-dire lui donner de la vie. Un directeur plus souvent déchargé de ses tâches administratives pourrait très bien aider un jeune instituteur nouvellement arrivé, soutenir un collègue traversant une période difficile, se former et s’informer de ce qui se passe à l’extérieur. Il pourrait indiquer à ses collègues l’intérêt de telle exposition ou de tel livre.Je propose donc que le Gouvernement s’engage à élaborer, avant le 31 décembre 2005, par des décrets en Conseil d’État, un statut pour les directeurs d’école. Ces décrets définiront en particulier le statut, la formation, les missions, les responsabilités et la protection juridique des directeurs d’école et prévoiront la mise en place d’un nouveau système de décharge d’enseignement pour les directeurs. Ils s’appliqueront également aux instituteurs et aux professeurs des écoles exerçant les fonctions de directeur d’école au sein d’écoles à classe unique. Un tel statut, outre qu’il serait une façon de reconnaître le travail de ses bénéficiaires, faciliterait les relations de ces derniers avec les parents d’élèves ou avec les autres institutions.

M. le président: - Quel est l’avis de la commission ?

M. Frédéric Reiss, rapporteur: - M. Baguet a résumé clairement et avec passion la difficile mission des directeurs d’école. On ne peut que souscrire à ses arguments. De nombreux députés ont d’ailleurs travaillé sur ce problème, dont notre collège Guy Teissier. Mais la commission a repoussé l’amendement, sachant qu’une autre proposition, allant dans le même sens, viendra après l’article 19.

M. Guy Geoffroy: - Tout à fait !

M. le président: - Quel est l’avis du Gouvernement ?

M. le ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche: - Il s’agit d’une question très importante, que le Gouvernement, comme M. Baguet, est attaché à résoudre. Certains de ses aspects peuvent trouver leur place dans ce texte, mais elle est surtout l’objet d’une négociation en cours avec les représentants des directeurs d’école. Or cette négociation doit aller à son terme. Quoi qu’il en soit, monsieur Baguet, votre amendement ne trouve pas sa place dans cette partie du texte. Il conviendrait d’en discuter en même temps que de celui de M. Teissier, après l’article 19, qui traite de l’organisation des écoles.

M. le président: - La parole est à M. Guy Geoffroy.

M. Guy Geoffroy: - La question de la direction d’école revêt une grande importance pour le groupe de l’UMP. Pierre-Christophe Baguet a souligné le nombre trop important de postes non pourvus, ce qui est déjà un problème en soi. L’administration académique a en effet beaucoup de mal à trouver des candidats prêts à s’investir durablement dans ce rôle, surtout en l’absence de garanties et de certitudes sur la manière dont ils pourront valoriser leur emploi. Par ailleurs, les directeurs d’école poursuivent leur grève administrative. Cela pose un problème à l’institution et aux intéressés eux-mêmes, qui souhaitent ardemment -nous le savons pour les avoir régulièrement rencontrés– sortir de cette situation « par le haut ». Les négociations dont parlait à l’instant M. le ministre sont porteuses d’espoir. Je forme le vœu que tout soit fait –et je sais que le Gouvernement s’y attache – afin que soient trouvées des solutions solides, équilibrées et respectueuses de nos écoles et de leurs directeurs. Je pense que nous n’éprouverons aucune difficulté à nous entendre sur les amendements déposés à ce sujet par certains de nos collègues et qui vont tous dans le même sens.

M. André Schneider: - Très bien !

M. le président: - Je mets aux voix l’amendement n°226.

(L’amendement n’est pas adopté.)

Moralité? Les négociations eurent lieu, pour donner naissance à un protocole monstrueux d'ambiguïté et porteur des dérives que l'on sait. De statut, point. Comme quoi les beaux discours, comme les promesses de campagne, n'engagent que ceux qui y croient. Que voit-on aujourd'hui? Les mêmes problèmes, qui se sont encore amplifiés, les mêmes questions... et la même absence de réponse. Droite ou Gauche, c'est le même combat, le même désintérêt du fonctionnement sur le terrain au profit de billevesées ministérielles ou des lubies de la Direction des Écoles. Ah, que de braves gens qui ne veulent que notre bien, et s'ingénient en toute quiétude à enterrer chaque jour un peu plus l'école de la République, au détriment du bien-être de millions d'élèves et de centaines de milliers d'enseignants exsangues. Une concertation? Ben voyons! Ne connait-on pas déjà le mal? Faut-il encore que tous ces Purgon et Diafoirus persistent à discuter du diagnostic au chevet du malade, au risque de le voir crever? Qu'attend-on pour administrer à l'école son remède, celui du statut des directeurs d'école?

mardi 14 août 2012

Quelles perspectives pour les directeurs d'école ?


Une note de synthèse de l'Inspection Générale de l’Éducation Nationale, datée de juillet 2011, pointe du doigt de façon claire l'obstacle que constitue aujourd'hui pour l'évolution de l'école l'absence de statut des directeurs d'école. J'espère que M. Peillon, notre nouveau ministre, aura fait de ce texte, comme d'autres qui dénoncent la même aberration, sa lecture de chevet. Mais je ne me fais aucune illusion, et tel Saint Thomas je demande à voir pour croire. Et je ne me contenterai pas de vagues promesses. J'en suis même aujourd'hui à me demander s'il ne serait pas nécessaire de taper du poing sur la table...

Voici une partie de cette note de synthèse:

Débattue depuis plusieurs années, notamment à travers plusieurs rapports importants, la question des capacités d’initiative et d’autonomie de l’école est à nouveau posée. Elle conduit à envisager la mise en place d’un statut pour l’école et une nouvelle définition de l’emploi de directeur.

Les attentes des directeurs rencontrés sont diverses. Plusieurs inspecteurs généraux soulignent l’absence de demande de changement, tandis que d’autres mentionnent clairement une attente assez forte : « tous les directeurs rencontrés souhaitent un statut qui leur permette de prendre des décisions y compris dans le domaine pédagogique »; un directeur regrette « l’absence de véritable statut du directeur qui n’est malheureusement pas un chef »; un autre directeur indique que, dans leur grande majorité, ceux-ci sont « favorables à des organisations type EPEP pour leur permettre de pouvoir fonctionner dans de meilleures conditions ». Il convient de souligner également que, pour bien des directeurs, l’établissement d’un statut apparaît inéluctable : « De manière unanime, l’existence d’un statut leur paraît de plus en plus inévitable et souhaitable ».

L’encadrement apparaît convaincu que les marges de progrès se situent maintenant au niveau de l’école et que le positionnement incertain des directeurs représente aujourd’hui un obstacle à la réalisation de progrès significatifs dans le premier degré [« En vérité la situation est un peu figée en raison d’un ‘positionnement’ qui mériterait d’évoluer et d’être clarifié. On ne pourra, de l’avis général, guère progresser sans avoir préalablement réglé cette question du statut du directeur d’école » (Académie de Dijon)]. Dans l’attente de décisions nationales que la loi de 2005 avait esquissées, les inspecteurs d’académie comme les inspecteurs de circonscription ont ainsi tendance à multiplier des initiatives diverses et complémentaires, mais qui se heurtent aux contraintes statutaires.

L’expérimentation de solutions comme la mise en place du statut d’établissement public d’enseignement primaire (EPEP) ou la constitution « d’écoles du socle avec à la tête un principal, assisté d’adjoints dont un adjoint premier degré » apparaissent séduisantes ; cependant, les difficultés rencontrées pour concevoir les textes permettant l’expérimentation sur les établissements publics du premier degré conduisent certains interlocuteurs à privilégier, dans un premier temps, l’hypothèse d’une évolution du statut du directeur [pour cet IA-DSDEN de l’académie de Grenoble, « le statut de directeur est de plus en plus indispensable, dans l’attente de décisions nationales sur les établissements publics de l’enseignement primaire (EPEP) »]. Une telle option apparaît plus facile à mettre en œuvre dans la mesure où, réglementairement, elle demande un décret en Conseil d’État qui relève principalement d’une initiative du ministère de l’éducation nationale.

Si le besoin est bien identifié, les propositions concrètes pour constituer ce nouveau statut des directeurs d’école n’apparaissent pas dans les propos rapportés, mais les missions actuelles pourraient certainement être enrichies.

Pour ce qui concerne la gestion des personnels, est parfois évoquée la sensibilité des directeurs, souvent réticents « à assumer des responsabilités de gestion de la ressource enseignante ». Cette pratique est cependant largement répandue en Europe.

Concernant la continuité pédagogique, la part du directeur apparaît bien modeste, puisqu’il « prend part aux actions destinées à assurer la continuité de la formation des élèves entre l'école maternelle et l'école élémentaire et entre l'école et le collège ». Peut-on envisager de mieux affirmer la responsabilité du directeur dans l’organisation du suivi des élèves et de la continuité pédagogique au sein de l’école ?

Enfin, afin de renforcer la cohésion des équipes et de mieux coordonner leur action, peut-on imaginer de développer la pratique des évaluations d’école en mentionnant le rôle particulier du directeur ?

Partant du principe qu’ « une direction d’établissement efficace est essentielle pour améliorer l’efficience et l’équité de l’enseignement scolaire », l’OCDE décrit la mission principale de ceux qui dirigent les unités d’enseignement : « Les responsables d’établissement sont chargés de créer un environnement dans lequel élèves et enseignants tirent parti des écoles en tant que communautés d’apprentissage ». Une réflexion sur les missions du directeur permettrait sans doute de progresser dans cette voie.