samedi 8 juin 2013

C'est clair...



Un train en marche...


Après douze longues années d'efforts bénévoles mais constants, le GDiD a fini par gagner la "bataille des idées", comme on dit, même si je déteste les métaphores guerrières qui me rappellent fâcheusement le vocabulaire restreint des syndicats qui ne savent causer qu'en termes de "lutte" et autre "combat".

Le GDiD exprime depuis douze ans que la direction d'école s'enlise dans une voie sans issue. Sans autonomie, sans existence, sans reconnaissance, le directeur d'école publique français n'a aucun moyen d'adapter le projet de son école aux besoins réels de ses élèves. On en voit le résultat, pire d'année en année, depuis trois lustres.

Au cours des ans, nombreux sont ceux qui ont soutenu le GDiD et ses revendications, et persistent à le faire tant l'évidence qui s'est imposée à eux de la justesse de la cause ne peut être reniée une fois qu'on l'a admise. Les directeurs d'école, d'abord, de plus en plus nombreux chaque année au GDiD, mais aussi qui soutiennent l'association sans forcément y adhérer. Moi même ne l'ai rejointe que tardivement, lorsque soudain l'absurdité de la mission de direction exercée sans moyen m'a explosé à la figure. Saluons celles et ceux, directrices et directeurs d'école, qui ont animé l'association avec passion et abnégation avant de quitter la fonction de direction, par dégoût ou lassitude, ou simplement parce qu'ils prenaient leur retraite. Qu'ils soient remerciés de leur travail.

De nombreux adjoints aussi soutiennent le GDiD, parce qu'ils sont conscients des problèmes de la direction d'école et perçoivent l'intérêt d'un renouveau de la fonction avec de nouveaux moyens.

De nombreux élus également sont avec le GDiD, élus locaux d'abord, maires et conseillers municipaux, qui aimeraient avoir le loisir de discuter avec des directeurs reconnus et autonomes du fonctionnement d'une école qu'ils payent avec les deniers de leur commune. Les agents territoriaux aussi, directeurs de l'éducation ou secrétaires généraux, qui savent les directeurs d'école coincés dans leurs actions par des pesanteurs étatiques qui en France ont atteint ces dernières années des sommets.

Il y a pléthore de représentants de la Nation qui à l'Assemblée nationale martèlent depuis des années la nécessité d'un statut pour les directeurs d'école. Je ne citerai que le plus constant d'entre eux, le plus acharné, le plus fidèle à l'idée que la situation actuelle des directeurs d'école est ingérable, Monsieur Frédéric Reiss, qui il y a quelques jours encore à la chambre -le 5 juin pour être précis -, s'exprimait ainsi face au Ministre de l’Éducation nationale: "Comment peut-on vouloir refonder l’école sans reconsidérer la situation des pilotes que sont les directeurs d’école ? Ils sont les grands oubliés de cette réforme ! Leurs missions ne cessent de croître et de se complexifier, et ils seront en première ligne concernant la mise en place des nouveaux rythmes scolaires – réforme déstabilisante pour les élus locaux et les familles, qui ne concernera finalement que 20 % des élèves à la rentrée prochaine. (...) Priorité au primaire, oui ! Mais pas sans les directeurs !"

Les familles justement, parlons-en! Les parents d'élèves sont extrêmement surpris quand ils apprennent nos conditions de travail, le ridicule de notre salaire, notre absence de latitude quant au fonctionnement de notre école. Ils sont très étonnés quand ils apprennent que nous ne sommes pas les supérieurs hiérarchiques de nos adjoints, et que nous ne pouvons rien faire quand l'un d'entre eux s'avère incompétent, désagréable avec les familles, voire dangereux pour ses élèves, ou au contraire pour valoriser un collègue que nous voyons particulièrement efficace et dont nous souhaiterions tant propager les envies, connaissances, découvertes et innovations. Combien de directeurs d'école se sont trouvés aux prises avec un enseignant désagréable ou harceleur, sans rien pouvoir y faire ni même compter sur sa hiérarchie pour y remédier? Combien de directeurs d'école ont fini par quitter leur mission, dégoûtés, abîmés, atrocement désillusionnés tant par leur impossibilité d'action que par le désinvestissement de leur hiérarchie? Que de compétences perdues! Que de projets abandonnés!

Ainsi donc, enfin, après douze années d'efforts bénévoles, le ministère ouvre des "négociations" sur la mission de direction d'école. Pour ma part, le terme "négociations" me déplait, plus qu'il ne m'inquiète, car je considère qu'il n'y a rien proprement à négocier, du moins si on considère les revendications du GDiD. Le GDiD a toujours dit "Le statut d'abord, le reste ensuite", ce qui signifie que des négociations salariales doivent évidemment être engagées, mais que ce qui importe le plus est bien le statut des directeurs d'école et leur autonomie d'action. Je veux d'abord les moyens de ma mission, une existence et une reconnaissance juridique, institutionnelle et administrative, je veux un cadre d'emploi clair. Le salaire qui va avec peut à mon avis attendre quelques mois des négociations plus globales sur celui des enseignants du primaire, que chacun sait largement inférieur -sous quel prétexte à une époque ou les professeurs du primaire et du secondaire ont la même formation?- à celui de leurs collègues des collèges et lycées, et pire largement inférieur, de 30%, à celui des enseignants des grandes nations de l'OCDE.

Mais je peux comprendre le terme de "négociations" dans la mesure où ce seront surtout les "partenaires sociaux", auxquels le GDiD sera normalement associé, qui vont discuter le bout de gras avec le Ministre de l’Éducation nationale et le gouvernement à partir du 18 juin prochain. Il s'agit bien là de discussions institutionnelles, et on en utilise le vocabulaire. Juste une question: M. Jean-Paul Delahaye, directeur de la DGESCO, avait confirmé dernièrement que le GDiD serait "évidemment" partie prenante des discussions; M. Peillon, Ministre de l'Education nationale, a envoyé il y a deux jours un courrier encourageant à Alain Rei, président du GDiD; mais la participation du GDiD aux "négociations" a-t-elle été confirmée?

Il faut reconnaître que sans les syndicats la question de la direction d'école serait peut-être encore au point mort. Pardon, sans UN syndicat, le SE-Unsa pour être précis, qui depuis octobre 2012 suit une tactique propre et claire, et ne lâche pas le morceau. Je les en remercie, car malgré les efforts du GDiD on ne peut comparer le travail de ses bénévoles, déjà surchargés dans leur mission de direction quotidienne, avec celui que peut effectuer une centrale syndicale aux nombreux représentants déchargés. Encore faut-il avoir une idée claire de son objectif, et la constance de suivre la tactique élaborée. J'ai suffisamment tapé ici sur le SE-Unsa pour ne pas reconnaître son investissement dans le dossier, et surtout son efficacité. Je ne l'oublierai pas en 2014, lors des prochaines élections professionnelles, comme je n'oublierai pas l'acharnement mis par le SNUipp à nier mon existence et mes compétences de directeur d'école.

Car je dois dire un mot ici de la représentation professionnelle. Après des élections catastrophiques en 2011, lors desquelles seuls 38% des enseignants avaient voté, le SNUipp était sorti grand vainqueur, le SE-Unsa arrivant en seconde position. Le peu de représentativité des centrales syndicales de l’Éducation nationale, comme d'ailleurs leur peu d'adhérent -mais personne n'ose donner de chiffre!-, ne sont bien entendu que le fruit de leurs atermoiements et de leur constante négation des réalités du terrain. Les enseignants n'en peuvent plus de ces syndicats qui parlent et agissent en leur nom sans réellement mettre en avant leurs réelles difficultés, voire qui vont jusqu'à les nier, préférant nettement pour le SNUipp par exemple des convictions politiques surannées à l'étude des conditions de travail des enseignants. L'exemple des EVS, qu'on veut continuer à nous imposer en dépit des réticences ou du franc refus de la plupart des directeurs d'école qui préfèreraient nettement avoir le temps et les moyens de leur mission, est très parlant. Je ne parlerai pas de FO, SUD ou la CGT, qui n'existent que par la volonté de la centrale qui les coiffe, et n'imaginent pas une seconde qu'il existe des gens qui bossent chaque jour dans les écoles. Mais c'est aujourd'hui devenu un gros souci pour ces syndicats non-représentatifs que les revendications des directeurs d'école, initiées par le GDiD et reprises par le SE-Unsa. Car enfin dans les écoles les actes quotidiens de ces directrices et directeurs sont primordiaux pour l'image des centrales syndicales; sans les directeurs d'école, plus d'information passée aux adjoints, plus aucun moyen de les toucher -les magazines syndicaux ne sont plus déballés, les courriels syndicaux ne sont pas partagés-, plus aucun moyen de les convaincre ou simplement d'exercer une quelconque propagande. Et puis, l'aura et la parole d'un directeur d'école reste importantes dans une école, le nier serait nier l'évidence. Alors un directeur d'école qui ne suit pas une consigne syndicale, un directeur d'école qui ne se met pas en grève, un directeur d'école qui vante les positions d'un syndicat, ce n'est certes pas parole d'évangile, mais ça a valeur d'exemple. A bon entendeur...

C'est ainsi qu'aujourd'hui ce fameux train qui doit entraîner enfin la création d'un statut particulier pour les directeurs d'école s'est mis en marche. Le GDiD et le SE-Unsa sont dans le wagon de tête. Et on voit, avec une certaine curiosité entomologique, les autres syndicats essayer de monter en marche. Efforts dérisoires, certes. Il ne faut aucunement s'illusionner sur la volonté réelle d'un syndicat comme le SNUipp de travailler à la création d'un statut pour les directeurs d'école. Mais il ne faudrait pas non plus oublier la capacité de nuisance de ces gens-là, qui agiteront rapidement certains chiffons rouges au nom d'un "Ni Dieu ni maître" ridicule, feront bouger le spectre d'un statut hiérarchique qui fait peur aux adjoints, et crieront avec un bel ensemble à la "caporalisation" de l'enseignement -Bonaparte pas mort!- et aux "petits chefs" -pourquoi petits?-. Les centrales syndicales qui préfèrent crever dans le statu quo et la suffisance qu'évoluer aiment jouer sur la peur. On se demande bien pourquoi d'ailleurs les enseignants auraient peur de directeurs d'école supérieurs hiérarchiques, car dans une enquête récente qui nous vient de SUD -c'est un comble!- ils se plaignent amèrement de l'éloignement de leur hiérarchie et de son peu d'intérêt pour leurs préoccupations quotidiennes. Je connais la solution, moi. Pourtant elle n'est pas à l'ordre du jour car le mandat du GDiD l'amène à réclamer un statut non-hiérarchique, ménageant d'ailleurs de cette façon les IEN et leur principal syndicat, le SIEN, qui soutient le GDiD dans ses revendications.

Donc mes amis, chers collègues ou soutiens, si le train a démarré, il nous demande encore plus d'efforts aujourd'hui pour soutenir sa marche. Nous allons devoir éviter les chausse-trappes syndicales, enlever les bâtons que certains s'ingénieront à nous mettre dans les roues, et casser les freins qu'ils tenteront de poser. Je ne doute aucunement de la volonté du GDiD d'y parvenir. Mais sans votre soutien, partout sur le terrain, dans toutes les écoles de France, le travail sera beaucoup plus difficile! Adhérez au GDiD, parlez-en autour de vous, même si la période bousculée et stressante de juin est toujours peu propice à ce genre d'action. C'est ensemble, groupés, solidaires, que nous y arriverons enfin, à ce statut.

mercredi 5 juin 2013

EVS: calcul rapide...


Pour compléter le billet précédent, j'ai calculé rapidement ce que coûtaient 12000 postes d'EVS. Un EVS coûte, j'arrondis, 1000 € par mois -et il n'y a pas de quoi être fier de payer un EVS 600 €, je n'arrive pas à comprendre pourquoi les syndicats courent après ces pseudo-emplois-. Pour 12000 postes, cela représente à peu près 150 millions par an.

Ces 150 millions représentent, si on prend le salaire moyen actuel d'un professeur des écoles en France, 4000 postes d'enseignants! 4000 postes, ce sont chaque semaine 36000 demi-journées de décharge qui ne sont pas attribuées aux directeurs d'école.

Il y a approximativement, si on ne tient pas compte des classes uniques en voie de disparition, 13500 directions d'école sans aucune décharge dans notre pays. On pourrait allègrement avec 4000 postes d'enseignants décharger tous ces directeurs d'école une journée par semaine, et il resterait 9000 demi-journées de décharge qu'il serait loisible de donner en plus aux directeurs d'école déjà déchargés et qui en auraient le plus besoin.

Ce calcul est-il suffisamment parlant?

EVS: attention danger !


Le syndicat SE-Unsa vient donc de poser une "alerte sociale", préalable légal à tout appel à la grève, sur la question cruciale pour l'école de la République des directeurs d'école, dont je décris assez ici à longueur de billet la situation absurde et la profonde lassitude pour m'appesantir encore une fois dessus. L'abandon dans lequel nous laisse l’État depuis des lustres augure mal de la réelle volonté des gouvernements qui se succèdent dans ce pays de sauvegarder notre école publique, dont pourtant plusieurs rapports récents rapportent -contrairement aux idées reçues et propagées- l'efficience face à l'école privée.

Je précise que je considère pour ma part l'école privée comme un maillon indispensable de la chaîne de liberté qui unit la Nation. Il ne s'agit pas pour moi de m'en faire le chantre, mais bien de reconnaître le rôle important qu'elle joue en France. Ce qui n'interdit pas non plus d'admettre que notre école primaire publique, qui continue à fonctionner malgré les obstacles qu'on ne cesse de poser devant sa route, reste pour la majorité des enfants de ce pays le lieu privilégié des premiers pas vers la connaissance, la compétence, et la socialisation.

L' "alerte sociale" du SE-Unsa, si elle est importante, montre tout de même les limites de ce genre de revendication. Effectivement, un des points cruciaux relevé par ce syndicat est celui des "Emplois Vie Scolaire", ou EVS, que depuis des années on nous décrit comme la panacée pour la direction d'école. Je m'élève vigoureusement contre cette idée!

Les EVS sont des emplois précaires, que le directeur d'école doit lui-même former (sur quel temps? avec quelles compétences?), et qui ne font que conforter la situation présente. De plus, ils ne sont pas généralisés, et les petites écoles n'en voient pas la couleur alors que leurs directeurs n'ont même pas le plus minime temps de décharge nécessaire à leur mission (12000 EVS annoncés par le ministre, pour plus de 45000 écoles!). Enfin, quand dans un organisme quelconque on recherche un(e) secrétaire de direction, on recherche une personne qui saura être efficace dès le premier jour. et soulagera réellement la charge de travail de celle ou celui qu'elle assiste. On ne recherche pas l'inverse sous des prétextes sociaux.

Pas étonnant que les syndicats d'extrême-gauche soutiennent parfaitement l'emploi et le ré-emploi des EVS dans les écoles. Pour Sud, FO ou la CGT, pour également le SNUipp, le directeur d'école n'existe pas, et ne doit surtout pas exister! Ces gens-là refusent d'admettre qu'en 2013 la direction d'école soit un métier à part entière. Et ils préfèrent réclamer la création et la titularisation d'un nouveau corps d'EVS plutôt que la création d'un statut spécifique pour les directeurs d'école.

Chers collègues, ne vous trompez pas de combat! Notre pays ne peut pas faire l'économie d'un statut pour la direction d'école. Et celui-ci ne peut pas passer par les EVS. Pourquoi dépenser autant d'argent dans un dispositif de ce genre? Alors que les directeurs d'école pourraient bénéficier de nombreux jours de décharge supplémentaires, en particulier dans les petites écoles dont les responsables se désespèrent quotidiennement d'avoir à se partager entre leur classe et leur mission.

Bref, ne mettons cette question en préalable à toute discussion. Si un secrétariat peut être intéressant dans les écoles de taille importante, les premières revendications de la grande majorité des directeurs d'école sont bien d'avoir du temps pour leur mission, et les moyens pour l'exercer. Ce temps doit passer par une reconnaissance institutionnelle, autrement dit un statut clair et différencié, une reconnaissance juridique et institutionnelle. Pas par des pis-allers qui n'arrangent que des syndicats qui voudraient bien voir l'école publique s'enfoncer encore un peu plus dans la fange.

dimanche 2 juin 2013

Trois dangers qui guettent le marin...


Pour compléter mon billet précédent, voici la description de trois des principaux dangers qui guettent le marin, en dehors de ceux inhérents à la navigation -écueils, bancs de sable, tempêtes...-, et quelques conseils sommaires pour tenter de les éviter.

1) Les sirènes:


Les sirènes sont des créatures funestes, mais en les connaissant mieux vous saurez en éviter les charmes vénéneux. Leurs noms sont connus: elles s'appellent Snuipp, Cégété, Efo, Sud, pour les plus dangereuses. D'autres sirènes sont moins perverses, voire bienveillantes. Mais les quatre que j'ai nommées sont à éviter comme la peste!
Les sirènes susurrent des chants langoureux en s'accompagnant de la lyre ou du pipeau, et subjuguent les matelots qui se croient alors plus compétents que leur capitaine, et tentent alors souvent de prendre la barre, quitte à amener le navire droit sur le premier écueil pour l'y échouer. Certains marins qui gardent le chant des sirènes en mémoire peuvent tenter d'entraîner dans leur délire leurs camarades de carrée, y arrivent parfois. A ce stade, il devient difficile pour le capitaine de reprendre la main. Mieux vaut éviter le danger en amont.
Pour ce faire, le capitaine peut chanter plus fort que les sirènes, et ça marche à tous les coups. Il peut également faire remarquer sarcastiquement à quel point ces chants langoureux sont en fait bourrés de mauvaises notes, mal interprétés, sans queue ni tête. Cela aussi fonctionne très bien, et d'emblée.
Notez que le capitaine, s'il intervient dès les premières notes entendues -et il doit avoir constamment l'oreille aux aguets-, saura facilement éviter de laisser les sirènes circonvenir son équipage.

2) Les serpents de mer:


Les serpents de mer sont des créatures désagréables qui reviennent assaillir nos esquifs avec une régularité pénible. Ils peuvent facilement faire couler, en un temps record, n'importe quel navire de quelque tonnage qu'il soit. Eux aussi ont des noms connus, comme Conseil ou Services, mais le plus célèbre d'entre eux s'appelle Répartition. Quand Répartition attaque un bateau par le flanc et que le capitaine ne réagit pas immédiatement, tout l'équipage peut facilement passer par-dessus bord, comme il peut aussi perdre simplement tout sens commun et s'entretuer avec résolution.
Tous les bâtiments de la flotte française que je connais ont déjà été attaqués au moins une fois par Répartition.
Le capitaine peut facilement venir à bout d'un serpent de mer s'il sait montrer sa détermination: c'est LUI qui tient la barre, et il la tient avec fermeté. En général n'importe quel serpent de mer s'enfuit alors dépité de son échec.

3) La pieuvre géante:


Voilà certainement le danger extérieur le plus difficile à surmonter pour n'importe quel capitaine, aussi expérimenté soit-il. Les pieuvres géantes restent cachées un certain temps sous la quille, mais distillent leur venin dans l'esprit de l'équipage, même s'il a déjà de longues années de navigation commune.
J'en ai rencontré quelques-unes, en particulier Rumeur et Motion.
Curieusement, la pieuvre géante peut mettre à mal en quelques jours, voire en quelques heures, tous les navires d'une escadre, jusqu'à une flotte entière!  Ce monstre est particulièrement efficace, et extrêmement dangereux. Certains capitaines qui n'arrivaient pas à maîtriser la bête ont dû parfois faire appel à l'amiral de la flotte pour résoudre le problème, l'aura de cet officier supérieur étant souvent suffisante pour faire fuir l'animal. La solution est donc là: comme pour les serpents de mer, c'est la détermination du capitaine à tenir la barre d'une main ferme qui la plupart du temps fera cesser l'attaque. L'équipage calmé oubliera très vite l'agression dont il aura été victime. Mais attention! Personne ne sort jamais indemne d'une attaque de pieuvre géante, et on a vu des équipes de matelots soudés se séparer avec fortes imprécations dès l'arrivée au port. Le capitaine doit donc veiller constamment, rester totalement attentif à tout ce qui pourrait suggérer la présence d'un de ces redoutables monstres, afin d'en éviter d'emblée la proximité, et plus tôt il interviendra pour reprendre les commandes plus efficace sera son action.

J'espère que ces quelques conseils sauront faciliter votre navigation. Avec toute mon amitié et ma considération pour la tâche difficile que vous savez assumer quotidiennement. Courage!

samedi 1 juin 2013

Ô mon batôôô, oh oh oh !


Souvent des images rigolotes viennent à mon esprit. Ce matin le directeur d'école que je suis s'imaginait naviguant sur les flots à la barre de son bateau, tentant d'amener à bon port ses passagers...

Je ne me leurre pas, avec ma petite école maternelle je reste capitaine d'un caboteur! Je n'ai pas choisi la navigation hauturière, et si j'aperçois au loin des paquebots -plus ou moins reluisants- qui croisent en haute mer vers des destinations lointaines et exotiques, mon choix s'est porté sur la navigation côtière. D'autre part, mon caboteur est de petite taille, je ne transporte que soixante passagers, et mon équipage est réduit. Toutefois mon bateau a bonne réputation, il est repeint de frais, et n'a jamais connu d'avarie. Je suis un capitaine estimé, mes passagers me font pleinement confiance, j'ai le soutien inconditionnel de la capitainerie, et j'ai toujours réussi mes traversées.

Cependant il faut avouer que la navigation est de plus en plus difficile. Les eaux sont souvent maintenant infestées de créatures marines étranges, les écueils sont de plus en plus fréquents, certains passagers deviennent difficiles à satisfaire, beaucoup n'ont pas le pied marin, et surtout les règles de navigation changent de plus en plus souvent tout en devenant de plus en plus inadaptées. Mais que fait donc la Direction des affaires maritimes? J'aimerais bien pouvoir comme avant naviguer en ligne droite avec des passagers confiants et sages. Mais il n'en est plus question. Nous frôlons souvent le naufrage, et je ne dois parfois la sauvegarde de mon frêle esquif qu'à mon expérience de capitaine chevronné et à celle d'un équipage dévoué et attentif...

Il est amusant de constater à quel point certaines analogies sont adaptées. Celle-ci, qui s'est imposée à moi après une nuit agitée -traditionnelle je le suppose chez les directeurs d'école en fin d'année scolaire-, est peut-être drôle mais reste néanmoins très proche de mes réalités quotidiennes, celle d'un directeur d'une petite école maternelle, soutenu par sa municipalité mais ébranlé par les soubresauts du système scolaire.

Puis-je dire que l’Éducation nationale, depuis plusieurs décennies, a coupé les ailes de ses commandants de navire? Pour une analogie maritime, c'est osé. Mais c'est bien de cela qu'il s'agit. Je me sens comme un capitaine mésestimé, mal rémunéré, et surtout sans aucun pouvoir reconnu, ni administrativement ni juridiquement ni socialement. Je n'ai aucun choix -ou si réduit- pour barrer mon bateau, seule compte la volonté de mon administration, aussi absurde souvent puisse-t-elle être. Je n'ai que l'opportunité d'éviter au mieux le naufrage, et encore ne pourrai-je le faire qu'avec une marge de manœuvre très réduite. Je sais néanmoins que je serai toujours le fusible le plus commode en cas de pépin, ou si la machinerie grippe.

Encore m'estimai-je heureux de ne conduire qu'un caboteur! Combien de collègues commandent des paquebots aux passagers innombrables? On m'a parlé d'équipages qui n'admettent pas d'avoir un capitaine, et qui prétendent qu'un navire de fort tonnage peut fort bien être dirigé collégialement... Ainsi en est-il dans l’Éducation nationale. Notre armateur refuse toujours de se prononcer clairement sur les prérogatives de ses capitaines, et des équipages abusés ou confortés dans leur égoïsme freinent la marche du navire en brandissant une prétendue égalité entre le capitaine et ses matelots... Beaucoup de ces navires vont s'échouer, ou faire naufrage, et le capitaine en sera tenu pour responsable en dépit de toute logique. Car il faut beaucoup de compétence, de force et d'énergie à un directeur d'école pour maintenir la machine à flot en dépit des écueils qu'il rencontre quotidiennement.

Combien de temps les directeurs des écoles publiques françaises devront-ils encore attendre que leur métier, car c'en est un, soit reconnu? Combien de temps faudra-t-il encore pour que la direction d'école ait un statut, reconnaissance juridique, reconnaissance administrative, reconnaissance financière? Ce ne pourra être qu'au plein et entier bénéfice de nos élèves, ces petits français qu'on promène depuis des décennies au gré des états d'âme et des directives les plus diverses. Il faut avancer, Monsieur le Ministre, il faut avancer, avant que l’Éducation nationale, ce monstrueux Titanic, se soit définitivement enfoncée dans les eaux froides et qu'il ne reste plus qu'une épave historique mais qui ne pourra être renflouée.


Calculez votre indemnité GIPA 2013...


Un collègue vient de faire un petit fichier Excel destiné au calcul de l'indemnité de Garantie Individuelle du Pouvoir d'Achat pour 2013. Je vous renvoie à son billet sur les forums publics du GDiD, qu'en tant que directrices ou directeurs d'école vous auriez de toute façon intérêt à fréquenter régulièrement!