samedi 20 septembre 2014

Excédé !

Je n'ai jamais été autant excédé qu'en cette rentrée après seulement trois semaines d'école. L'ambiance générale est détestable, rien n'a changé dans les injonctions et exigences institutionnelles pour le directeur d'école que je suis, et tout le monde s'excite pour des clopinettes ou avec des objectifs inavouables.

Les syndicats d'enseignants s'agitent en permanence, submergeant quotidiennement ma boîte de courriel officielle d'enquêtes superfétatoires -comme si on ne connaissait pas l'état moral des enseignants!- et de bulletins de victoire pour les clampineries les plus absurdes. Si je ne savais pas que les élections professionnelles approchent, je pourrais m'en douter. En attendant, j'ai autre chose à faire que lire ou relayer les quinze courriels quotidiens qui m'assaillent et noient l'important. Ouste, MAJ+SUPPR.

Mon administration me demande pour la semaine prochaine un tableau récapitulatif des diverses réunions officielles ou non qui auront lieu pendant l'année... Comme si j'en savais quelque chose! J'ai pris l'habitude de placer par exemple mes conseils d'école en fonction des possibilités de chacun de ses membres et des contraintes locales. Logique, non? Du moins si je veux que tous puissent y assister. Il est rigoureusement impossible de donner aujourd'hui certaines dates, à moins de se foutre avec allégresse de ses partenaires, ou d'en changer dix fois avant de trouver la bonne. Si l'objectif de mon administration est de posséder un tableau qui en fin d'année s'avérera finalement totalement faux... Qui parle de temps et d'énergie foutus en l'air? Ah la la, quel mauvais esprit.

Je lis sur le Bulletin Officiel les nominations de "référents" divers -laïcité, numérique... en attendant je suppose un préposé aux confettis-. Encore des gugusses qui émargent royalement au budget de la princesse et qui vont venir nous casser les pieds dans nos écoles avec les idées ou les exigences les plus absurdes. Avec le salaire d'un seul d'entre eux on pourrait équiper largement en ordinateurs neufs dix écoles dans une année. Mais nos gouvernements successifs plantent des fonctionnaires inutiles dans notre ministère, il pousse ensuite des impôts et des courriels...

Je lis sur les forums du GDiD que certaine association de parents d'élèves réclame à des collègues le listing complet de leurs familles inscrites à l'école et qui ont autorisé la communication de leurs coordonnées. Je n'avais jamais vu ça non plus! Le code de l'éducation est clair, un directeur d'école ne peut pas s'opposer à une telle demande. Mais la façon dont elle est faite interpelle, car manifestement il s'agit de constituer un fichier informatique. Je rappelle cordialement aux directeurs d'école que s'il doivent répondre à la demande, RIEN ne les oblige à le faire de la façon suggérée, ce qui est d'ailleurs très bien exprimé dans la discussion du forum cité. Outre le travail supplémentaire exigé des collègues dans cette situation, qui vont devoir vérifier toutes les fiches de renseignement afin de ne pas commettre d'impair, je me pose tout de même la question de la raison qui amène une association à vouloir créer un tel listing. La concomitance de cette demande avec certains évènements récents me titille l'occiput, qu'il s'agisse du retour en politique d'un personnage exécrable et mal rasé, ou de l'excitation de divers groupuscules douteux qui s'exaltent autour de thèmes clivants comme une prétendue théorie du "genre" ou autre. Bref... je suis dubitatif.

La période et l'ambiance sont bien détestables. Comme dirlo de plus je ne vois toujours pas la simple extrémité du bout de l'ongle de l'orteil gauche du fameux "référentiel-métier" qu'on nous avait promis pour avant-hier, et dont de toute façon je doute clairement qu'il facilitera notre mission. Qu'il la compliquera en revanche face à notre administration j'en suis de plus en plus convaincu.

Je suis excédé, j'en ai ras-le-bol, plein le [...], plein le dos, plein les bottes, plein le fond des godillots, j'en ai marre, j'ai le bourdon, j'ai les boules, j'en ai soupé, j'en ai ma claque, de cette mission de direction d'école qui me bouffe mon temps et mon énergie sans retour malgré les constats, enquêtes, rapports, cafés ministériels et beaux discours. Il n'y aurait pas les sourires de mes parents d'élèves et les cordiales poignées de mains des élus et techniciens de ma commune d'exercice, il y aurait belle lurette que j'aurais lâché l'affaire. J'en vois tellement autour de moi qui le font...

mardi 16 septembre 2014

Plumé, farci, enfourné...


J'ai un peu l'impression de m'être fait allègrement plumer puis farcir, et de me laisser enfourner sans protester. C'est curieux tout de même, cette sensation d'être un parfait couillon.

Mme la Ministre prend le café avec des parents d'élèves, pendant que je me tape le boulot. J'aurais bien aimé prendre le café aussi, mais il faut croire que les directeurs d'école puent de la gueule, surtout ceux de province. Mauvais présage, qui me rappelle le ci-devant Giscard prenant son petit-déjeuner avec des éboueurs. On est dans la politique de haut niveau, là, qui empeste sa fin de règne à plein nez. Ou le vote de confiance, allez savoir.

Pendant ce temps je me décarcasse avec une rentrée difficile -une rentrée de merde, soyons clair!- lors de laquelle une fois de plus (car rien n'a changé) tous les glandeurs professionnels appointés par le ministère pour ne rien foutre se rappellent à mon  bon souvenir après deux mois de farniente pour me réclamer à raison de quinze courriels par jour qui la preuve de ceci qui un tableau pour cela qui une paperasse supplémentaire qui elle non plus ne sert strictement à RIEN pour la bonne marche de mon école. Tout le monde s'agite dans des bureaux éloignés peuplés de bons à pas grand chose qui soudain se souviennent qu'ils doivent justifier leur propre existence, tout ça sur mon dos bien entendu. Car il est évident qu'un directeur d'une petite école maternelle comme je le suis n'a que ça à faire, puisque je passe mon plein temps avec mes élèves à me curer le nez en regardant le paysage par la fenêtre. J'oubliais! On m'a princièrement accordé 18 h de décharge sur les 36 h que je dois à des gosses exsangues après leur journée de classe. Quel bonheur! Car enfin tout le monde sait que le directeur d'école passé le temps de classe va s'installer dans son bureau pour se curer les ongles des pieds.

Il parait que le "référentiel" (Dieu que je hais ce mot!) va définir clairement ce que je dois faire ou pas, ce qui dépend de moi ou pas... Combien on parie que vont être confirmées les responsabilités idiotes comme celles qui consistent à envoyer à sa hiérarchie des tableaux récapitulatifs que personne ne lit? De toute façon, depuis le temps qu'on nous promet ce document et qu'il traîne partout sans montrer le bout d'une patte...

En ce moment comme vous je prépare comme de juste les fameuses "élections" des représentants des parents d'élèves... Que de temps précieux perdu, que de fric foutu en l'air dans ces centaines d'enveloppes dont la moitié au mieux finira à la poubelle, dans ces innombrables étiquettes, paperasses et listes diverses, tout ça pour se retrouver la plupart du temps en Conseil d'école devant des gens qui ne représentent qu'eux-mêmes. Joli symbole de cette fausse démocratie participative qui depuis des décennies tente de cacher les turpitudes de nos gouvernants sous un vernis amical. Je vais leur offrir le café, tiens.

Oh et puis zut. Cette rentrée a pour moi une mauvaise odeur. Chaque année arrive plus rapidement le moment où je touche l'ineptie de ma mission de directeur d'école dans les conditions dans lesquelles on m'oblige à l'exercer. Pourtant ce ne serait pas le boulot qui manquerait, si on me foutait la paix et me laissait choisir ce qui est important pour mes élèves et les familles. Mais pas question! L’Éducation nationale est un monstre centralisateur qui bouffe ses propres serviteurs au détriment de la plus élémentaire logique et de la plus élémentaire efficacité, il le restera.

Quinze jours d'école, déjà ras-le-bol. Et si je laissais tomber? Après tout, y'a plein de p'tits jeunes qui n'en veulent, qu'ils z'y aillent! Et qu'ils se fassent à leur tour plumer, farcir et enfourner. Directeur d'école, un métier d'avenir dans l'art culinaire.

samedi 13 septembre 2014

Trois citations...


Trois citations extraites des "Regards sur l’Éducation 2014" de l'OCDE, publiés le 9 septembre dernier...

Page 484:

Entre 2000 et 2012, le salaire des enseignants a globalement augmenté, en valeur réelle, dans la plupart des pays dont les données sont disponibles. La France, la Grèce et le Japon font figure d’exception : le salaire des enseignants y a diminué d’environ 10 % en valeur réelle durant cette période.

Page 488:

En France, l’écart de salaire réel moyen entre le préprimaire et le deuxième cycle de l’enseignement secondaire est de près de 30 %, tandis que l’écart de salaire statutaire entre ces deux niveaux d’enseignement n’est que de 10 %.

Page 500:

En France, en Grèce, en Indonésie, en Israël, en République tchèque et en Turquie, les enseignants donnent au moins 30 % d’heures de cours de plus par an dans l’enseignement primaire que dans le premier cycle de l’enseignement secondaire.

C'est rigolo, mais on parle jamais des salaires de l'encadrement. Quel est le salaire d'un directeur d'école ailleurs? Et quel est son temps d'enseignement... s'il en a un?

Des fois je suis un peu écœuré.


Pour que rien ne change ?


Les trois-quarts des écoles de ce pays viennent de passer aux "nouveaux" rythmes scolaires. Je suis dans le tas. Ne nous leurrons pas, ça coince.

Moi j'en tiens pour travailler le mercredi matin, je l'ai déjà écrit ici, je réclame ça depuis mes débuts dans le métier il y a trente-cinq ans. Et après deux semaines d'essai cela me convient pleinement, surtout que les journées de travail scolaire de mes élèves ont été raccourcies. Pas les miennes, je suis dirlo, donc sur le pont de toute façon. Et j'écris bien pour mes élèves les heures "scolaires", parce que le reste...

Dans ma commune, les NAP sont assez sympas pour mes gamins de maternelle: pas mal de sport ou assimilé, des activités calmes. Mais ça reste de la collectivité, même en petits groupes, et des activités dirigées donc forcément contraignantes. C'est un rythme à prendre, c'est bien encadré, les enfants ne se plaignent pas. Nous verrons plus tard pour la fatigue. En tout cas le jeudi matin mes disciples sont bien moins excités qu'ils l'étaient dans la précédente mouture... Et puis je peux faire le mercredi matin dans le calme des activités qui devenaient difficiles à organiser comme des gros ateliers graphiques ou de travail manuel, cela fait une pause au milieu de semaine dans le boulot habituel, et c'est agréable pour moi comme pour eux.

Non, si j'écris que ça coince, c'est parce qu'il me revient aux oreilles des situations aberrantes ou effarantes dans certaines communes. Je n'évoquerai pas Marseille qui est exemplaire dans le n'importe quoi précipité et dont le plains mes collègues directeurs d'école. Je ne parlerai même des ultimes réfractaires dans leur combat d'arrière-garde qui ont voulu se la jouer politique et perso pour se faire une réputation d'électron libre à coups de cadenas ou de serrures changées. Mais bien simplement de communes qui ont pourtant travaillé sur leur PEDT et ont organisé ça n'importe comment: horaires d'école ou de NAP ahurissants, contraintes exercées sur les enseignants et les directeurs, activités lamentables... Comment a-t-on pu laisser faire ça?

J'ai bien une réponse, mais elle ne va pas faire plaisir.

Je l'ai écrit ici de nombreuses fois, mais si quelqu'un connait bien son école, ses besoins et ses contraintes, c'en est bien le directeur ou la directrice. Pourquoi n'avoir pas donné aux directeurs une voix prépondérante sur le sujet, au lieu de laisser ça aux mains de certaines municipalités incompétentes -elles sont heureusement une minorité- avec une validation institutionnelle par des IEN et des DASEN qui ne voulaient voir que le respect des textes? On me parle de bien-être de l'enfant, et dans certaines communes les organisations arrêtées et validées vont à son encontre, ou à  l'encontre du fonctionnement serein des écoles. Ahurissant. Tout cela parce que souvent les avis des directeurs ou des CE ont été ignorés, ou méprisés, et le sont encore. Il y a des endroits où ça va péter! Volonté de sabotage? Certainement dans quelques communes. Simple ignorance? C'est possible. Mépris des enseignants et de leurs compétences? Probable.

Dois-je aussi évoquer le fait que PERSONNE n'a daigné imaginer que les écoles maternelles et élémentaires ont des besoins spécifiques et différents? Dois-je évoquer le fait que JAMAIS on n'a simplement pensé qu'un enfant de trois et un enfant de dix ans n'ont pas les mêmes besoins ni les mêmes compétences? On égalise tout, on rase gratis, rien ne doit dépasser... et surtout pas les tout-petits qui n'ont pas voix au chapitre ni leurs enseignants qu'on ignore superbement.

Quand reconnaitra-t-on aux directeurs d'école leurs compétences spécifiques? Le directeur est au-dessus des contingences personnelles, des desiderata de ses adjoints ou d'autres lorsqu'ils portent préjudice au bon fonctionnement global de son "établissement". En général le directeur d'école voit l'ensemble de ses élèves dans leur globalité, et n'a en tête que leur réussite, et forcément pour cela leur bien-être, leur plaisir de venir à l'école. C'est primordial, ça, bien au-delà de nombreuses contingences externes et des revendications politiques. Quand saura-t-on faire confiance aux directeurs d'école?

On me dit que le "référentiel" va sous peu être proposé aux représentations syndicales. J'ai personnellement du mal à imaginer que la DGESCO puisse proposer un texte qui aille à l'encontre de sa propre sécurité institutionnelle, et du confort de la hiérarchie. Nous verrons sous peu. Mais il ne m'étonnerait pas que soit par exemple conforté le rôle validateur, répressif, harceleur, tatillon, ubuesque, des IEN, au détriment de directeurs d'école qui resteront redevables envers leur IEN de divers tableaux de contrôle et autres calendriers impossibles à respecter dans les faits. La gestion des 108 heures dues par les enseignants hors présence des élèves est exemplaire dans ce domaine, qui répartit de la même façon partout les heures en question, sans seulement pouvoir imaginer que les besoins sont parfaitement dissemblables même au sein des écoles d'une même commune, comme entre maternelles et élémentaires.

Bref c'est quand même un peu le bordel, je le dis crûment mais je le pense. Les changements de ministre intempestifs n'y sont peut-être pas non plus pour rien. Sur le terrain, nous voyons un ministère qui coule, et nous continuons à tenter d'exercer notre mission vaille que vaille. Zut, c'est quand même l'avenir de nos élèves qui est en jeu! Alors merci d'avance de nous donner, à nous directeurs d'école, les moyens de sauvegarder ce qui peut encore l'être qui en vaille la peine, et de faire avancer l'école vers la pleine réussite scolaire de nos pitchounes, sans persister à nous accumuler les obstacles et les contrôles qui ne servent à rien sinon à perturber notre travail... et notre bien-être aussi. Enseigner réclame de la sérénité, chacun s'ingénie à nous l'enlever. Et vous vous étonnez du mal-être de la profession?

samedi 6 septembre 2014

Un petit pas de plus...


Je dois avoir des capacités de résilience peu ordinaires, ou alors c'est afférent à la mission du directeur d'école -comme un cal dans les mains pour un travailleur manuel-, mais j'oublie chaque année une fois faite à quel point la rentrée des classes peut réclamer énergie et temps! Pour diverses raisons inhérentes à mon école elle n'est pas cette année encore "bouclée", mais les choses avancent bien. Et puis je fort bien aidé, par une IEN et son équipe attentives, une mairie aux aguets et disponible, des ATSEM et des services périscolaires compétents, une collègue qui prend de nombreuses choses en main... Bref tout va bien malgré quelques péripéties attendues ou non. Et puis, je sais faire, après tant d'années...

J'ai aussi d'autres raisons de me réjouir. Après l'arrêté du 22 juillet sur les indemnités de sujétions spéciales pour les directeurs d'école, c'est la circulaire 2014-115 qui est parue au BO il y a quelques jours, et qui précise les nouveaux régimes de décharges de service et leur évolution pour les prochaines années.

Oui, je l'admets, ce n'est pas grand chose concrètement au quotidien. Mais c'est énorme symboliquement! C'est la première fois depuis huit ans qu'une amélioration -même légère- de nos conditions de travail nous est proposée. C'est aussi une reconnaissance de nos difficultés. Ces deux textes sont deux premiers pas vers un avenir moins contraignant. Bien sûr la suite va être importante, voire primordiale, puisqu'il va s'agir avec le "référentiel-métier" d'une définition claire de notre mission, nos responsabilités, nos devoirs. Ce "référentiel" (je déteste ce mot) sera la base de nos prochaines discussions, nous aurons un socle indiscutable et opposable pour discuter le bout de gras et aller doucement mais sûrement vers le statut de directeur d'école que j'appelle de mes vœux depuis tant d'années!

Nous ne sommes pas arrivés, le chemin est encore long. Chi va piano va sano. Le GDiD a eu raison d'insister et de ne rien lâcher, malgré les obstacles semés sur sa route, malgré les doutes et la fatigue, malgré les attaques incessantes de ses adversaires. Le GDiD va continuer, il est aujourd'hui un interlocuteur légitime, reconnu et apprécié pour sa compétence, son honnêteté et sa constance... autant de raisons de persister, le statut est au bout.

Bon, je retourne à ma paperasse et mes plannings. Oui, nous sommes samedi, mais vous faisiez quoi, vous?

dimanche 31 août 2014

Je n'ai pas choisi...

J'ai reçu ce message émouvant ce matin... Avec l'autorisation de son auteur, je vous le livre tel quel, je n'y ai rien ajouté ni retranché.

"
J'ai un certain âge... et je n'ai pas choisi, à la base, ce métier d'enseignant qui, à l'époque de ma jeunesse, représentait pour mes parents de milieu très modeste, le nec plus ultra des professions dont ils rêvaient pour leur fils . Mais je suis vite tombé "amoureux" des gamins, de leur énergie à découvrir tout, de leur optimisme, de leur confiance. Je n'ai pas choisi non plus la fonction de directeur, que j'avais assumée "par intérim" avant qu'un aléa de ma vie privée me conduise à passer l'entretien d'habilitation... pour m'assurer un logement de fonction, certes oui, mais aussi parce que j'avais pris goût à cette possibilité de créer, moyennant forces efforts de diplomatie, un pôle de synergie positive entre les enseignants, les partenaires municipaux, sociaux et associatifs, les parents, le tout pour que mes fameux gamins se sentent encore mieux dans leur école et y réussissent au mieux.

Utopiste, rêveur (?) j'avais en tête que mes rencontres de jeunesse avec certains enseignants m'avaient donné la force et l'envie de me réaliser, et je voulais "rendre" un peu, ou au moins ne pas rester sans avoir essayé.

Cette année... je crois qu'à 55 ans passés je suis devenu brusquement adulte à l'occasion de cette rentrée.

J'ai enfin compris que le but de notre hiérarchie n'est que de protéger sa propre place tout en nous présentant sous son meilleur jour des réformes et autres remaniements auxquels eux n'ont jamais cru. 
J'ai enfin compris que dans les bureaux ministériels, de prospective et autres administrations aux fonctions si élevées, il doit y avoir une majorité de personnes n'ayant pas été eux-mêmes élèves dans des écoles publiques lambda, et n'y ayant pas non plus placé leur progéniture: à force de ne connaître que l'exception d'écoles "bon budget, faible effectif et gros encadrement" on en perd la notion de ce qui est faisable ou pas dans les écoles "bas de gamme" qu'elles soient REP ou pas. Et surtout, de ce qui est souhaitable et utile à faire.
J'ai enfin compris que dans les mairies et dans de nombreuses associations, l'objectif est de se placer en vue d'être de nouveau élu ou nommé l'année d'après, de préférence à une meilleure place, et pour cela il faut, à moindre effort et moindre frais, mettre en place des actions bien rutilantes, dont le descriptif permet d'utiliser les mots qui plaisent, dont la réussite permettra de marquer des points, et dont les défauts ou échecs seront rapidement étouffés.
J'ai enfin compris que tous bords confondus, mes partenaires considèrent les élèves et leurs parents comme des troupeaux à gérer au mieux, en distribuant récompenses et compliments hypocrites, en les berçant d'illusions, tel un peuple élevé au "panem et circenses"...

A l'heure de "l'école numérique":

BASE ELEVES ne permet même pas aux directeurs d'obtenir des listes d'élèves la veille de la rentrée....comme si nous faisions tout le jour de la pré-rentrée et que nous ne devions pas nous avancer dans notre travail...
BASE ELEVES propose d'éditer des étiquettes pour les élections de parents, sur un format d'étiquette que la mairie n'autorise pas à acheter avec les crédits municipaux de fonctionnement...
La mairie fournit des photocopieurs, avec option "scan to mail", interdisant tout achat de fax ou de fourniture pour fax, alors que les services municipaux n'ont pas tous une adresse de courriel ni même un ordinateur,et continuent d'exiger des fax pour toute démarche...
De grandes annonces médiatiques parlent d'apprentissage du code et de pratiques avec ordinateurs et tablettes, alors que dans les communes lambda nous disposons d'environ 1 ordinateur vieux de + de 6 ans pour 20 élèves en moyenne... et pas possible de les faire fonctionner en réseau car ils n'ont pas la capacité requise...

A l'heure de "l'accueil pour tous les élèves":

La salle de réunion, la bibliothèque, l'atelier d'arts plastiques, la salle de sciences ne comptent pas comme une salle de classe dans le planning du personnel d'entretien, empêchant leur utilisation à temps plein lorsque nous accueillons nos correspondants handicapés sur fauteuils roulants et que ce sont les seules salles au rez-de-chaussée...

A l'heure des "nouveaux rythmes scolaires":

Alors qu'il y avait peut-être opportunité que les conservatoires, écoles et associations d'arts et de sport, musées,médiathèques, etc... puissent accueillir les enfants autrement que le soir... nous allons proposer des garderies, centres aérés et activités bricolées à la dernière minute, et encore si des BAFA ou des enseignants se dévouent...

Je stoppe ici l'énumération qui pourrait être éternelle, car moi aussi j'ai ma part de responsabilité: cette année, je serai encore directeur...
Je vais encore devoir mentir aux élèves, leur faisant croire que leur place est avec leurs copains du même âge au collège, alors qu'eux-mêmes ne savent pas lire couramment et vont être perdus dés la première semaine...
Je vais mentir aux parents en leur disant que l'école va prendre en compte les difficultés de leur enfant, en proposant 1h d'aide personnalisée (ou APC) alors que c'est insuffisant, que je n'ai pas de RASED suffisant à proposer, que plusieurs enseignants seront dispenses d'encadrer ces APC (cause postes fractionnés ou T1) ce qui alourdira les groupes et le fonctionnement pour ceux qui l'assumeront...
Je vais mentir en disant que nous enseignons l'anglais alors que 1h30 par semaine pour 30 élèves ça revient à 3 minutes d'oral par élève...
Je vais mentir si le collège organise un voyage linguistique car qui a jamais appris la moindre langue en visitant, entre français, châteaux et monuments, sans quasi rencontrer de natifs?
Je vais mentir à ma hiérarchie en présentant en termes choisis la moindre action, la plus anodine, pour obtenir un crédit de misère, pour compléter des fiches-actions, censées refléter un travail d'équipe, alors qu'au bout de journées passées à courir après le programme, mes collègues vomissent le moindre formulaire à remplir et que je les rédige donc tous...

Pas grave, hein? je sais que je tiendrai, c'est juste que je ne m'aime pas, comme ça, et que finalement, je crois que mon petit-fils, qui vient de naitre, finalement, n'ira pas à l'école, ni publique ni privée. C'est ça quand on connait les coulisses. Ca peut gâcher le spectacle.

Mardi, le rideau s'ouvre... Je serai à la porte.Sourire aux lèvres, petite plaisanterie avec les "grands" de CM, poignées de main aux parents, café pour la réunion des nouveaux inscrits...POURVU QUE PERSONNE NE SACHE LIRE DANS MES PENSEES.
"

Sources d'information...


J'ai reçu un courriel anonyme me posant la question suivante, qui reprend une phrase de l'un de mes anciens billets:

"Il y a un fonctionnaire de bureau pour quatre enseignants sur le terrain". Peut-on avoir des sources sur ce point ? Merci.

En règle générale, la seule source d'information pour ce qui concerne les chiffres de l’Éducation nationale est le ministère lui-même. Toutes les études et prospectives d'autres organismes sont basées dessus. Il faut donc rechercher les études de la DEPP (Direction de l’Évaluation, de la Prospective et de la Performance) et y farfouiller soigneusement.

Vous trouverez ces documents sur le site du ministère, à la page des statistiques. Je recommande en particulier la lecture attentive du "Bilan Social" ou des "Repères et références statistiques sur les enseignements, la formation et la recherche". Toute cette documentation est riche d'enseignements.

On y apprend par exemple qu'en 2012 (dernier chiffre connu), sur les 1 1666 103 fonctionnaires de l’Éducation nationale, 916 057 étaient enseignants, et 250 046 non... soit une proportion de 78,6% pour 21,4.

On peut bien sûr chipoter sur les fonctions exercées en réalité par de nombreux non-enseignants, qui ne sont pas pour beaucoup réellement dans des bureaux. Mais concrètement 78,6% des fonctionnaires de l'EN exercent devant une classe, et 21,4% non.

Ceci répond-il à votre demande?