vendredi 26 juillet 2013

Recrutement: la cata !


Le magazine L'Express nous a offert ces jours-ci deux "infographies" successives particulièrement évocatrices quant au recrutement des futurs professeurs, du secondaire comme du primaire. Disons-le clairement: c'est la cata! Il va falloir expliquer à ce ministère et ce gouvernement que la méthode Coué n'est pas suffisante pour régler les difficultés du système éducatif français après deux décennies d'abandon. Bien sûr ils n'en sont pas responsables, mais les réponses qu'il faut aujourd'hui apporter dépendent bien d'eux. Annoncer que vont être recrutés 60000 enseignants en cinq ans dans le primaire, c'est bien joli, mais encore faudra-t-il y arriver, et au vu des résultats de recrutement de cette année, à moins de mesures drastiques je crains qu'il soit bientôt nécessaire d'aller chercher des enseignants en Roumanie ou en Bulgarie, comme cela se pratique déjà pour notre système de santé.

J'ai suffisamment exposé ici les raisons de cette désaffection pour y revenir totalement. Je rappellerai simplement l'axiome de base: recrutement élevé + métier difficile + considération nulle + salaire de misère = ça n'intéresse personne. Tant que les enseignants, du primaire surtout, seront payés comme des malpropres et considérés comme des feignants, les gouvernements qui vont se succéder pourront toujours courir pour trouver des candidats. Et les rigolos qui constituent aujourd'hui l'opposition dans ce pays feraient mieux de tourner sept fois leur langue dans leur bouche avant de nous raconter n'importe quoi quant aux prétendus efforts consentis par le gouvernement qui s'est fait blackbouler de la belle façon en 2012.

Le premier document offert par L'Express nous présente le pourcentage de postes pourvus dans le secondaire au CAPES externe public en 2013. C'est accablant, en particulier pour les disciplines classiques que sont les lettres et les mathématiques. Cliquez sur l'image pour accéder au tableau complet et aux commentaires.


Le second document nous présente une carte des académies qui peinent à recruter des professeurs des écoles pour le primaire. C'est tout aussi accablant, et montre bien les mensonges du ministère lorsqu'il vante " "un niveau d'inscription et de participation record aux épreuves" alors qu'il est largement inférieur à celui des années précédentes, ou lorsqu'il ose nous expliquer que "le taux de sélectivité [du concours] s'est amélioré ou est resté stable partout sur le territoire et pour l'ensemble des disciplines", alors que des moyennes inférieures à 6/20 (4/20 à Créteil, 5/20 à Paris...) suffisent pour être admissible aux oraux dans certaines académies, et que le nombre d'admissibles par poste pour la session 2014 est de 1,14 pour une place en moyenne sur le territoire, ce qui est presque deux fois moins qu'en 2009 où il était de 2,23. Cliquez sur l'image pour accéder au document et à ses très intéressants commentaires.


Bref, deux excellents articles à lire sur le site de L'Express. Je sais bien qu'en période de vacances il serait de bon ton d'être souriant et optimiste. Mais tout cela ne me fait pas vraiment rire.

mercredi 24 juillet 2013

Comment qu'on cause de nous...


Pascal Oudot, collègue et membre du bureau du GDiD, m'a sollicité pour être le rapporteur du montage vidéo ci-dessous qu'il a fait avec ses petites mains, demande à laquelle j'adhère avec plaisir -d'autant que le boulot est tout fait, ce qui est pour moi très confortable-. Il s'agit d'extraits de l'audition le 23 juillet dernier par les Commissions des affaires culturelles et des finances de l'Assemblée nationale de M. Jean-Paul Delahaye, directeur général de l'enseignement scolaire, à propos des zones d'éducation prioritaire. Quelques députés, auxquels M. Delahaye répond, évoquent le rôle primordial des directeurs d'école... et notre statut! Comme de juste, M. Delahaye botte en touche. La direction d'école est décidément un sujet sensible. Vous trouverez la totalité de l'audition ici: http://www.assemblee-nationale.tv/media.12.4568



jeudi 18 juillet 2013

2013, année décisive ?


Pour nous directrices et directeurs d'école, qui sommes quotidiennement sur le terrain et avons pour beaucoup continué notre travail largement au-delà du 6 juillet, les enjeux de la reconnaissance de notre métier spécifique dépassent largement celui d'une simple revendication catégorielle. C'est une vision d'avenir que nous proposons, une autre façon de considérer notre mission, qui fait la part belle à une action proche des besoins de nos élèves et correspond à la réalité du terrain. Sur le fond il s'agit concrètement, en réclamant un statut pour les directeurs d'école et l'autonomie de nos écoles, de mettre fin au centralisme jacobin qui certes a créé il y a 150 ans l'école publique française, mais n'est plus adapté à notre siècle. Nous voulons chacun d'entre nous donner à tous nos élèves, quelles que soient leurs origines sociale ou géographique, sans condition de couleur ni de sexe, les clés d'une réussite individuelle qui en feront les adultes responsables et autonomes de demain. C'est le rôle de l'école publique, celui que jamais elle n'aurait dû perdre, mais qu'elle ne remplit hélas plus. Ce n'est pas une vision égoïste, plus d'argent, plus de reconnaissance, qui nous motive, même si ces revendications sont certainement part de notre demande, mais bien une autre vision de l'école telle qu'elle pourrait être si les directeurs d'école avaient effectivement les moyens techniques et juridiques de leur action.

L'année 2013 pourrait-elle être de ce point de vue une année décisive? Certainement. Encore faut-il aller au-delà de l'acte politique à court terme. Nous devons faire comprendre que l'école publique mérite mieux que des mesures ponctuelles, et qu'une vision politique à long terme est largement nécessaire. Depuis des décennies on nous explique que "l'ascenseur social ne fonctionne plus". Il est temps de le mettre aux normes.

M. Peillon, présent ministre de l’Éducation nationale, semblait partisan de ce point de vue, je n'en veux pour preuve que la concertation de la mi-année 2012. Ce qui en est pour l'instant résulté n'est en partie que poudre aux yeux, pour le reste atermoiements, demi-mesures ou abandons. C'est certainement compréhensible, ce n'est pas forcément pardonnable, tant l'écart est grand entre les déclarations d'intention et les échos sur le terrain. Avouons tout de même que l'ambiance a changé depuis un an, et que l'écoute semble meilleure. C'est bien pourquoi je continue et continuerai à écrire ici le fond de ma pensée, même si je ne m'illusionne aucunement quant à la portée de mes écrits.

Il faut admettre que la question de la direction d'école est éminemment politique, dans le mauvais sens du terme. Pour nous directeurs d'école qui en avons une vision surtout technique, il est rageant de ne voir que si peu les choses avancer, et nos conditions de travail ne guère changer. Mais pour autrui les enjeux sont tout autres! Effectivement la direction d'école est au point de rencontre de quatre sphères d'influence distinctes, qui ne peuvent s'ignorer, et doivent se ménager. En voici un rapide schéma:


Quels sont donc ces acteurs, quelles sont leurs contraintes, et comment peuvent-ils dialoguer?

1) le ministère de l’Éducation nationale:

Le ministère de l’Éducation nationale a d'abord un problème structurel. Conçu pour une France essentiellement rurale, il a conservé depuis sa création une forme extrêmement centralisée répondant aux besoins d'une République naissante qui voulait scolariser tous les petits français et imposer sur le territoire national un certain nombre de règles communes, mettre fin aux anciennes rivalités territoriales, éliminer les patois et langues régionales, etc. Les écoles communales elles-mêmes furent à l'époque bâties à partir de plans dessinés à Paris. Si le France a beaucoup changé en 150 ans, le ministère est resté quasiment identique, avec une forte structure hiérarchique pyramidale -que j'ai déjà dénoncée ici- et une bureaucratie outrancière. La décentralisation entamée il y a quelques décennies, comme la création des instances Européennes, n'ont amené aucun changement dans le fonctionnement du ministère, l'éducation restant une fonction régalienne. Seule la gestion financière des bâtiments et du fonctionnement de l'enseignement secondaire a été dévolue aux départements et aux régions, comme celle de l'école primaire dépend des communes. On ne peut pas s'en plaindre d'ailleurs, les "territoires" sont plus attentifs à leur bonne santé que l’État ne l'a jamais été. Et contrairement à d'autres responsabilités locales qui ont vu enfler les effectifs de leurs fonctionnaires territoriaux et s'empiler de nouvelles strates administratives, l'enseignement en est resté à peu près indemne.

Aujourd'hui il serait logique et nécessaire de donner aux écoles primaires une autonomie qui leur a toujours été refusée, alors que leur fonctionnement est forcément très proche des besoins du territoire où elles sont implantées, ne serait-ce que par le public auquel elles ont à faire qui diffère énormément selon qu'il s'agit d'une école rurale ou urbaine, d'une zone à population dense ou non, selon le milieu socio-professionnel des familles, etc. Un enseignant et un directeur d'école travailleront de façon sensiblement différente en fonction de critères totalement externes à l'enseignement mais adaptés au territoire, ce qui n'était aucunement le cas au XIXème siècle quand il fallait unifier le système.

Mais donner aux écoles primaires -à l'école communale!- l'autonomie qui dans un cadre précis élaboré par l’État pourrait garantir la réussite de tous les élèves, signifierait un nettoyage à grande échelle des structures du ministère, gigantesques écuries d'Augias: la disparition de certains étages de la pyramide, l'abandon d'un fonctionnement très hiérarchique aujourd'hui incompétent et sclérosé, une décentralisation de la gestion des personnels, la suppression d'un certain nombre de Commissions et autres Directions totalement éloignées des réalités du métier et du terrain... Claude Allègre avait dit en son temps qu'il fallait "dégraisser le mammouth". Que n'a-t-il pu le faire à l'époque! Je reste stupéfait que 20% des effectifs de ce ministère soient confinés dans des bureaux, avec une efficacité dans la gestion que l'on devine, inversement proportionnelle au nombre des fonctionnaires qui s'y consacrent, et qui empire au fil des années. On a ainsi vu un DASEN demander à un directeur d'école où était sa secrétaire! Ces gens-là n'ont aucune conscience du fonctionnement réel des écoles, des contraintes de la mission ni des obstacles portés à son accomplissement. Pire, plus personne dans les étages de ce ministère ne veut ou ne peut prendre de responsabilité, il n'y a plus d'esprit d'initiative, tout doit venir d'en haut. Bref, la bête est figée, les pattes prises dans la fange, le cerveau minuscule envoie des ordres qui doivent parcourir une telle distance pour être entendus qu'il n'est même pas certain qu'ils seront compris ou appliqués aux extrémités. C'est ainsi que sont morts les dinosaures. Le ministre est-il conscient de ce problème? Ou le ministère sait-il astucieusement cacher ses propres défaillances au point que la tête ne voie plus la queue?

En dehors de cette question structurelle, l’Éducation nationale est confrontée au problème de la gestion éminemment politique de l'école. L'école, tous les français y passent, y passeront, y sont passés. C'est dans notre pays une question sensible. Chaque français croit la connaître, croit savoir ce qui s'y fait, comment elle fonctionne, comment elle devrait fonctionner... Lire dans les médias les articles et les commentaires consacrés à la question est de ce point de vue édifiant. Terrifiant aussi, d'ignorance souvent, de bêtise parfois. Les parti-pris y sont nombreux, les idées toutes faites, poncifs, rumeurs, y courent comme des puces dans la toison d'un chien. Un ministre qui voudra sincèrement changer le fonctionnement de l'école ne pourra avancer qu'à pas de loup, en veillant à n'écraser aucune brindille dont le bruit pourrait éveiller l'attention. Il faudra être attentif voire attentionné, d'une prudence démesurée. Il faudra communiquer, expliquer, ménager les susceptibilités. C'est ce qui a fait hélas disparaître Claude Allègre il y a une quinzaine d'années: ses sabots étaient trop gros, son verbe trop grossier.

Troisième contrainte pour le ministre, et ce n'est pas la moindre, celle du budget. Cette question est étroitement liée à celle du mandat de cinq ans aujourd'hui dévolu au Président de la république. Cinq années, c'est très court pour mettre en place une politique efficace, c'est trop court pour une vision à long terme. Michel Debré, lorsqu'il avait élaboré la Constitution en 1958, avait prévu sept années afin de laisser au chef de l’État le temps nécessaire à son action. Le choix du quinquennat en 2000 fut certainement une erreur -même Martine Aubry se demandait en 2010 s'il était possible de changer une société en seulement cinq ans- qui nous met en campagne électorale permanente. Héritant en 2012 d'une situation financière catastrophique, en dépit des dénégations de ses prédécesseurs, le présent gouvernement n'a guère de latitude quant à ses choix budgétaires pour changer quoi que ce soit dans les quatre courtes années qui lui restent. Le premier poste de dépense reste la charge de la dette de la France (22,9 %), et si le ministre de l’Éducation nationale doit gérer la part de budget la plus importante après la dette (22,36 %), il n'en voit pas moins 72% partir d'emblée en salaires, pensions et charges. ce qui lui laisse peu de marge. Comme je le suggérais plus haut, il est plus que nécessaire de réformer cette bureaucratie désespérante et inefficace en supprimant plusieurs étages de la pyramide et en purgeant les bureaux du ministère, ce qui d'une part allègera la charge salariale et d'autre part la charge bureaucratique inutile et lourde qui tombe avec une régularité de métronome sur les agents de terrain. J'ai déjà abondamment expliqué à longueur de billet sur ce blog comment un haut fonctionnaire justifie son existence en pondant avec force caquètements les circulaires les plus absurdes. Le nettoyage que je préconise, et qui ne peut être seulement de surface, ne pourrait se faire que pour le plus grand profit des personnels enseignants et directeurs d'école, lesquels verraient leur charge de travail allégée alors qu'elle n'a fait que s'alourdir depuis quinze ans. Cela permettrait peut-être aussi de rehausser le niveau actuel ridicule des rémunérations dans l’Éducation nationale, dénoncé régulièrement par tous jusqu'à la Cour des Comptes, et qui ne serait digne que si la France était un pays du tiers-monde en voie de développement. Cela permettrait également de réfléchir sérieusement, enfin, à l'opportunité de transformer efficacement la direction d'école publique, dont chacun -usagers, élus, praticiens...- dénonce depuis trois lustres les obstacles posés à sa mission. Car soyons clair: quelle marge de manœuvre a aujourd'hui M. Peillon? J'ai longuement exprimé par ailleurs que certaines mesures urgentes (la dispense des APC pour les directeurs d'école, par exemple, ou l'affirmation de l'autonomie des écoles) ne coûteraient rien. Mais il est certain que d'autres mesures, comme la généralisation des décharges de direction ou leur augmentation, ne seront pas indolores budgétairement. Il ne faut donc pas imaginer que les négociations avec les syndicats du prochain trimestre scolaire apporteront beaucoup aux directeurs d'école. Le statut est encore loin, hélas. Même si je le crois inéluctable.

2) les syndicats:

Évoquer les syndicats de l'école publique, c'est faire de la poésie. Mais on sera plus proche du "Corbeau" d'Edgar Poe que d'un poème bucolique!

Techniquement, l'activité syndicale est destinée à la défense des personnels contre l'arbitraire, le harcèlement, et autres joyeusetés inhérentes au monde du travail. L'homme est un loup pour l'homme, c'est aussi le cas dans la fonction publique. J'ai précédemment évoqué les cas de harcèlement dont pouvaient être victimes les directrices et directeurs d'école, je ne reviendrai pas dessus.

Mais contrairement au syndicalisme allemand, pour prendre un exemple réputé constructif et partenarial, le syndicalisme français a pris le mauvais pli depuis longtemps de vouloir passer outre son rôle premier pour faire de l'action politique. Je suppose que ceci est le fruit des rapports étroits entre le Parti Communiste français et la CGT, qui fut un syndicat omniprésent et omnipotent, quand l'Union soviétique manipulait à grande échelle ses séides à l'étranger pour  déstabiliser les nations occidentales. Aaah, le magnifique "Mouvement pour la Paix"... En bref, disons que les syndicats français ont malheureusement abandonné en partie leur rôle social au profit de considérations qui devraient être réservées aux partis politiques et autres groupements d'idées. C'est ainsi que, loin de penser à gérer et organiser le temps et les conditions de travail des salariés qu'ils sont sensés représenter avec les créateurs d'emploi que sont les chefs d'entreprise, la plupart des centrales syndicales françaises préfèrent parler en termes de "lutte", de "combat", de "patronat", arc-boutées sur des considérations manichéennes héritées d'une "lutte des classes" marxiste pourtant totalement battue en brèche depuis longtemps et aujourd'hui largement abandonnée... sauf par une grande partie des syndicats français qui ne se conçoivent que dans l'antagonisme: moi avoir raison, toi avoir tort (et en plus toi être un salaud, ne lésinons pas!).

Nous avons donc un paysage syndical français qui depuis des décennies ressemble à un terrain de combat parcouru de tranchées. D'autant qu'en dehors de l'ennemi commun représenté par -au choix- la bourgeoisie, le patronat, le MEDEF, les directeurs d'école, les chefs, les "petits chefs", j'en passe et des meilleurs "ennemis de classe"-, l'activité favorite des centrales syndicales françaises consiste à se taper dessus les unes les autres avec allégresse et décision. Tout est bon: bombardement massif, étranglement, bâtons dans les roues, vampirisation, et surtout mauvaise foi, arme favorite des incompétents.

C'est explicable. Dans sa grande bonté, le législateur a cru bon de permettre aux syndicats de se libérer des contraintes de travail afin d'avoir le temps nécessaire à la défense des salariés. Concrètement, après les élections professionnelles, les syndicats les plus représentatifs -donc ceux pour lesquels les salariés ont voté- reçoivent un volant d'heures libérées qui leur permettra d'assister un collègue en difficulté. C'est un système logique et honnête, mais qui favorise, même après la réforme de 2008, les grandes centrales au détriment des "petits" syndicats moins présents et mal représentés. Certes de cette façon le nombre d'interlocuteurs des employeurs est plus réduit, mais le pluralisme en prend un coup.

Il est donc indispensable pour un syndicat d'attirer le maximum de suffrages lors des élections professionnelles, afin d'obtenir le maximum d'heures de décharge ETP (équivalent temps plein). Avoir à son service un "permanent" payé par l'employeur est pour un syndicat un souffle d'air irremplaçable. D'où une lutte sans merci entre centrales syndicales, lutte qui s'intensifie logiquement lorsqu'approchent les élections professionnelles. Il est alors très drôle de voir surgir des organes syndicaux inconnus, monstres étranges surgis des abysses, ou mieux encore d'entendre certaines centrales syndicales investir des domaines ou évoquer des sujets qui en temps normal sont au mieux ignorés et au pire farouchement combattus.

Dans l’Éducation nationale, contrairement à ce que clament régulièrement certains médias "de droite" volontairement ou non mal informés, il y a plutôt moins de "représentants syndicaux", en ETP, que dans d'autres branches de la fonction publique. Le député Dominique Tian avait réclamé en 2012 des chiffres précis au ministre de l’Éducation nationale, chiffres qui lui ont été communiqués en avril dernier avec une transparence qu'il faut souligner et reconnaître à M. Peillon, transparence à laquelle également nous n'étions pas habitués de la part des précédents gouvernements. Les voici:

"Le total des crédits de temps syndical attribué, pour l'année scolaire 2012-2013, à l'ensemble des syndicats dont la représentativité a été constatée ainsi qu'il a été indiqué, se monte à 1990 ETP, dont le détail est donné (...) ci-dessous. 
FSU 817,462
UNSA 443,808
FNEC-FP-FO 165,845
SGEN-CFDT 156,011
FERC-CGT 123,018
SUD Education 116,696
CSEN 79,934
FAEN 41,934
SCENRAC-CFTC 14,578
CFE-CGC 10,133
UDAS 4,311
STC 2,735
SNCA-EIL 3,709
ASAMEN 1,489 (...)"

On constate donc que l'enjeu des élections professionnelles -les prochaines auront lieu en 2014- n'est pas léger pour les organisations syndicales enseignantes. Pour la FSU, née de l'éclatement de la FEN en 1992, et dont font partie les syndicats enseignants les plus importants (SNUipp, SNES, SNEP, etc), les "équivalents temps plein" représentent en moyenne 8 postes de permanence par département, et ce n'est pas rien! Pour l'UNSA-Education (ex-FEN) , dont font partie le SE et le SIEN, ce sont quatre postes. On comprend mieux les enjeux, et la retape éhontée dont certains font preuve depuis quelques mois... Concrètement aujourd'hui, pour ne parler que des "grandes" centrales, la FSU (et le SNUipp majoritaire dans le primaire) ont tout à perdre face à un SE-Unsa très offensif qui s'était pris une claque en 2008 et 2011. Le SGEN-CFDT également a tout à gagner, distancié qu'il fut lors des dernières élections. Car la fonction publique présente une particularité: la représentation syndicale n'est pas identique dans toutes les instances où siègent les syndicats, et certains qui auront une forte présence en Commission paritaire dans un département ou une académie peuvent très bien n'être que peu ou pas du tout représentés dans les instances nationales comme le CTMEN. Il faut donc faire feu de tout bois.

C'est ainsi que la majorité des grandes centrales syndicales se sont saisies de la question de la direction d'école.

Les syndicats d'extrême-gauche (FO, CGT, SUD), historiquement et tactiquement restent sur un "non" catégorique pour toute mesure qui vise à changer quoi que ce soit; c'est leur fond de commerce, nous sommes tous frères, ni Dieu ni maître, pas de "petits chefs", et patati, j'ai fait suffisamment de billets sur ce sujet (dont un particulièrement virulent) pour y revenir. Ces syndicats n'ont aucun intérêt, même si ensemble ils peuvent peser lourd: n'oublions pas que nationalement la CGT et FO restent dans le peloton de tête de la représentativité, avec une CFDT plus émiettée. Leur capacité de nuisance est donc énorme, quand bien même ils restent faibles dans l’Éducation nationale.

Le SGEN-CFDT, laminé lors des dernières élections professionnelles, a tout à gagner à soutenir l'action du GDiD qui veut obtenir un statut pour les directeurs d'école. L'influence des directeurs d'école sur le plan local et auprès des enseignants est loin d'être négligeable, certains ont pu le comprendre à leurs dépens. L'audience nationale du GDiD n'est pas à ignorer non plus. Le SGEN-CFDT a longtemps tergiversé, ce n'est que récemment qu'il s'est clairement prononcé pour un statut des directeurs d'école, même si quelques points restent dans l'ombre. Leur position  reste donc à confirmer.

Les "petits" syndicats n'ont rien à perdre, tout est bon pour faire des voix et sortir de l'anonymat. Sans compter que certains d'entre eux (FAEN, CFTC...) sont historiquement depuis longtemps partisans d'un statut pour la direction d'école. Il ne leur suffit que de le rappeler régulièrement. Mais comment faire avec une audience aussi faible? Avec aussi peu de permanents pour faire passer le message? Le système donne une prime claire aux centrales syndicales importantes.

Le SE-Unsa mène la danse depuis longtemps. Controversé lors de la signature du célèbre "Protocole de mesures pour les directeurs d'école" de 2006, il n'en faut pas moins reconnaître que le syndicat apporta alors quelques améliorations à notre mission, certaines fort légères il est vrai comme l'augmentation ridicule de l'indemnité (ISS) que perçoivent les directeurs, d'autres plus importantes comme la décharge jusqu'alors inexistante des directeurs de quatre classes. Qu'avons-nous obtenu depuis? Rien. Qu'avions-nous obtenu avant? Rien. Aujourd'hui le SE-Unsa a fait de la question de la direction d'école un des fers de lance de ses revendications pour l'école. Il faut leur en être gré, d'autant plus que leur action est efficace et leur tactique redoutable. Soyons clair: sans ce syndicat, la démarche du GDiD ne serait pas aujourd'hui soutenue par tous ceux pour lesquels l'école mérite mieux que la façon dont elle est traitée, qu'il s'agisse d'enseignants ou d'élus. Ce qui n'interdit pas de rester vigilant, bien sûr. Mais la sincérité de la démarche du SE n'est plus à mettre en doute. Je laisse en suspens dans cette affirmation la question des EVS, dont j'ai déjà écrit tout le mal que j'en pense, et qui sert de cache-misère à beaucoup de ceux qui n'ont pas la vision que j'ai de ce que pourrait être une direction d'école efficace et responsable. Il est dommage que le SE continue à soutenir ces absurdes sous-emplois.

Reste la délicate question du SNUipp. Syndicat majoritaire dans le primaire, héritier direct du défunt SNI-PEGC roué et écartelé en 1992, le SNUipp a les défauts et les pruderies d'une grande centrale syndicale partagée entre de nombreuses tendances qu'il est déjà difficile de faire cohabiter, dont les deux principales et historiques, "Unité et Action" et "École émancipée". De plus, le SNUipp, qui a contribué à la création de la FSU, n'y est pas le syndicat le plus important, distancié par un SNES de l'enseignement secondaire nettement plus orienté "à gauche", au point d'ailleurs de se prononcer lors des dernières présidentielles contre la réélection de Nicolas Sarkozy, ce qui est un comble pour une organisation syndicale qui devrait rester neutre. Observerions-nous au sein de la FSU la résurgence des mauvaises habitudes qui avaient tué la FEN: copinage, trafic d'influence, luttes intestines sans merci? Souvent le SNUipp et le SNES se sont affrontés, et le SNES a toujours gagné. Or le SNES n'en a clairement rien à faire de l'enseignement primaire, qu'il a toujours considéré avec condescendance. Certaines déclarations récentes vont encore dans ce sens, refusant la priorité au primaire que veut instaurer M. Peillon. Notons également que le SNES verrait avec plaisir le dernier cycle de l’enseignement primaire mis sous la coupe des collèges, ce qui étendrait sa zone d'influence au détriment d'un SNUipp qui semble aujourd'hui avoir du mal à se trouver. C'est ainsi que le SNUipp depuis quelques mois concède que la direction d'école est peut être un problème réel, et que la déprime profonde qui a saisi les directeurs d'école n'est peut-être plus à dédaigner. Se saisir de la question, c'est pour le SNUipp se rapprocher d'un terrain longtemps négligé, des directeurs d'école longtemps délaissés. C'est admettre que les revendications du GDiD sont maintenant quasi unanimement soutenues, que les directeurs d'école ont une influence au sein des écoles qui ne peut plus être écartée. Nous n'en sommes pas encore à la reconnaissance du besoin d'un statut pour les directeurs, ni à dire que la mission de direction est aujourd'hui un "métier" à part entière -quoiqu'il soit arrivé récemment que le SNUipp utilise ce terme-, mais nous n'en sommes plus non plus au "Conseil des maîtres décisionnaire" ni au directeur d'école "enseignant comme les autres". La dialectique du SNUipp est compliquée, tributaire des sensibilités qui s'expriment en son sein. Ce semblant d'avancée dans notre reconnaissance passera-t-elle les caps difficiles des négociations de septembre prochain? C'est évidemment difficile à dire. Mais ce sera intéressant, très intéressant. Le SNUipp ne peut plus se permettre de louvoyer, il doit calculer au plus juste pour prendre une position claire qui, à défaut de lui apporter des voix supplémentaires lors des élections professionnelles de 2014, ne lui en enlèvera pas. Car perdre une partie de sa représentativité serait une catastrophe face à un SNES qui deviendrait alors surpuissant au sein de la FSU, et face au frère ennemi SE-Unsa qui en serait certainement le principal bénéficiaire.

3) les élus:

La plupart des élus soutiennent les revendications du GDiD, qu'il s'agisse des élus locaux, régionaux ou départementaux, ou des représentants de la Nation à la Chambre ou au Sénat, si j'abstrais bien entendu quelques forcenés d'extrême-gauche ou pseudo-écolos qui par pure démagogie flattent leur électorat. Quasiment aucun ne met en doute l'idée que la République a besoin de directeurs d'école statutaires. Les élus locaux bien entendu sont les premiers à réclamer un responsable clairement et juridiquement défini pour l'école ou les écoles de leur commune. Il en est certes quelques-uns qui aimeraient en profiter pour imposer leur point de vue sur certains fonctionnements, je ne peux le nier. C'est un danger que nous ne pouvons ignorer ni passer sous silence, car tant il existe des directeurs d'école incompétents, tant il existe des maires aux velléités dictatoriales. Heureusement, dans un cas comme dans l'autre, ce ne sont que des épiphénomènes qui restent faciles à dénoncer tant que l'éducation reste nationale dans son organisation générale comme dans les textes et programmes.

Quand une école fonctionne bien, les rapports entre la municipalité et la direction sont étroits. Pour le maire d'une commune, il est évident qu'il est plus intéressant de pouvoir bénéficier d'une prise de décision et de responsabilité rapide auprès d'un directeur d'école qu'il connait bien, sans avoir à attendre d'un IEN qu'il fréquente peu et qui ignore le terrain. Mais ceci implique que les devoirs du directeur, ses responsabilités, ses prérogatives et leurs limites, soient clairement définis. Le flou qui entoure aujourd'hui certains aspects de la mission des directeurs d'école ne peut perdurer si on veut que les rapports avec les élus soient sans équivoque. De ce point de vue, l'élaboration depuis cette année des Plans Éducatifs Territoriaux (PEDT) sera un passionnant test "grandeur nature", qui verra certainement émerger d'intéressants projets communs ou parallèles, mais aussi hélas risque de dévoiler un certain nombre de conflits larvés entre l'école et la commune. Il est donc absolument indispensable de définir avec précision et justesse la mission du directeur d'école.

Les représentants de la Nation, députés ou sénateurs, sont de plus en plus nombreux à ouvertement soutenir les revendications du GDiD, ou du moins à réclamer un statut pour les directeurs d'école. Certains sont des convaincus de longue date, comme M. Reiss, Maire, Conseiller général et député du Bas-Rhin. Son mandat municipal n'y est certainement pas pour rien. Il faudrait se poser la question de l'opportunité de la Loi sur le non cumul des mandats: qu'un député ne puisse plus être maire l'éloignera un peu plus de la vie des citoyens de son pays, comme si la Loi pouvait être élaborée dans l'absolu, sans prise sur le réel. C'est peut-être un autre débat, mais j'y vois pour ma part une régression qui approfondira encore, s'il en était besoin, le fossé entre les Français et les parlementaires. C'est une dramatique erreur dont nous verrons le résultat après 2017.

D'autres représentants de la Nation réclament que la question de la direction d'école soit enfin abordée avec franchise et esprit de décision. Certains le font avec conviction, nous l'avons vu, d'autres par opportunisme sans vraiment connaître le sujet -mais si cela peut servir "la cause", pourquoi pas!-, d'autres enfin parce qu'ils sont dans l'opposition, alors qu'ils avaient placé le problème sous le boisseau tant qu'ils gouvernaient le pays... L'important reste à la Chambre ou au Sénat le rappel constant de l'intérêt et de l'importance de donner aux directeurs des écoles publiques de France un statut clair et une reconnaissance juridique comme administrative, les moyens de leur mission, de l'autonomie, pour le plus grand bénéfice et la réussite de leurs élèves.

4) l'opinion publique:

Aaah, l'opinion publique... Avec son lot inénarrable d'anonymes aigris et/ou suffisants, ses idées toutes faites, sa jalousie incommensurable et sa bêtise également partagée... Ce qu'il y a, c'est qu'il est difficile d'en faire abstraction, de l'opinion publique. Tant la rumeur a vite fait de courir, la pseudo-pensée de se répandre comme un pus malodorant. Café du Commerce, brèves de comptoir, propos d'alcooliques, abondamment colportés et entretenus par une presse et des médias -internet en tête, joie, Noël, félicité!- qui ne subsistent aujourd'hui que par le fait divers et le marronnier, mal écrit en plus, pourri d'erreurs de grammaire et d'orthographe, au style déplorable -pour rester aimable- et au fond parfaitement incolore, inodore, sans saveur et surtout sans réalité. Tenez, l'idée que l'école, "c'était mieux avant". Avant quoi?

Aujourd'hui encore l'école primaire française ne scolarise pas tous les enfants, puisque contrairement aux idées reçues nous atteignons péniblement 99% là où l'Allemagne, l'Espagne, la Grèce, le Japon, le Mexique et le Royaume-Uni atteignent 100% de scolarisation. Faire moins bien que le Mexique...

Dans les années 1920/1930, 50% d'une classe d'âge obtenait le Certificat d’Études Primaires, et seuls 10% des enfants dans cette même classe d'âge poursuivaient leurs études au lycée. Au début des années 1960 encore -c'est si proche!-, 12% seulement d'une classe d'âge obtenaient le bac! Dans les années 1960-1970, on a fait monter le pourcentage à 15 ou 20%. Puis après 1986 les effectifs de bacheliers ont plus que doublé, pour atteindre aujourd'hui 70% d'une classe d'âge. Il est évident pour qui réfléchit un peu que le niveau n'a pas changé, et qu'aujourd'hui on trouvera toujours dans une classe d'âge 10% d'enfants avec des compétences au niveau de celles de leurs condisciples des années 1930.

Mais de quel baccalauréat parle-t-on, en fait? Il y en existe près de 70! Et le bac général -L, ES ou S-, le seul comparable au diplôme originel, n'est "décroché" aujourd'hui que par... 36% d'une classe d'âge! Les portes des études supérieures ne sont encore qu'entrouvertes.

Si les idées reçues doivent être combattues, il n'en est pas moins évident qu'on ne peut ignorer "la brutalité de certains constats", comme l'écrivait Luc Ferry en 1997:

En dictée, les élèves d'aujourd'hui commettent en moyenne 2,5 fois plus de fautes que ceux des années 20 : « Une copie sur deux contient moins de 3 fautes dans les années 20, pas moins de 7 ou 8 fautes aujourd'hui. » En calcul, près de 70 % des élèves de 1920 proposent « une démarche correcte et complète pour résoudre les problèmes », contre seulement un tiers des élèves de la meilleure moitié de 1995. La rédaction paraît seule échapper à cette contre-performance, selon la conclusion prudente de la DEP : « Les élèves de 1995 ont tendance à mieux réussir que ceux des années 20 si l'on compare les résultats sur l'ensemble de la génération. » Un soupçon, cependant : les résultats présentés comme positifs ne peuvent-ils donc être obtenus que dans un domaine non mesurable et par un artifice de présentation qui nous offre une reconstitution « virtuelle » de la génération de 1920 ? Même en tenant compte de l'évolution des programmes et des contenus d'enseignement ainsi que de l'allongement des études qui a sans doute déplacé le niveau d'exigence des acquisitions pour des élèves de 12-13 ans, on est bien obligé de constater, selon l'expression même de la DEP, une « baisse marquée » en connaissance de la langue et en calcul. Ces résultats sont d'autant plus inquiétants qu'ils touchent les « fondamentaux » et qu'ils manifestent une notable aggravation de l'écart entre les meilleurs élèves de 1995 et ceux que l'on qualifie aujourd'hui de « moyens-faibles ». Au reste, il est encore une réalité que ne traduisent pas les chiffres, mais qui a pourtant son poids : lorsqu'on regarde physiquement les copies, la différence saute aux yeux. Celles des années 20, même les plus mauvaises, sont calligraphiées et présentées avec soin, celles d'aujourd'hui ressemblent souvent à des torchons. C'est toute une forme de respect pour la chose écrite, mais aussi, sans doute, pour le maître, et plus généralement la vie scolaire, qui s'est probablement effondrée.

Nous, directeurs d'école et enseignants, praticiens de terrain, savons bien ce qu'il en est réellement. Oui, certains de nos élèves restent en marge du système. Oui, malgré tous nos efforts quotidiens, nous voyons dès l'école maternelle des enfants dont nous savons pertinemment qu'ils auront des difficultés scolaires, et que leur réussite est aléatoire. J'utilise le terme "aléatoire" de manière parfaitement consciente, bien que ce terme soit difficile à lire et à admettre. Mais l'école n'a pas aujourd'hui les moyens d'aider efficacement un enfant en difficulté. Certes il existe divers dispositifs d'aide... qui concrètement sur le terrain depuis quinze ans n'ont démontré que leur inefficacité. Alors les enfants "passent" de façon quasi automatique dans la classe supérieure, en situation d'échec patente, et sans les bases nécessaires à la compréhension de nouvelles notions et à l'acquisition de nouvelles compétences.

L'opinion publique, pour laquelle l'école aujourd'hui ne remplit plus sa mission avec équité, n'a donc pas tort. Le nier serait inutile et contre-productif. Et c'est bien à l'école primaire, dès la maternelle, que le problème se fait jour. En revanche, cela n'est pas lié aux enseignants d'aujourd'hui, qui contrairement à l'idée répandue chez certains aigris qui ont dû se faire taper dessus quand ils étaient petits, sont des gens travailleurs et consciencieux, qu'ils soient débutants ou chevronnés. Ils sont mal payés aussi, c'est aujourd'hui de notoriété publique, ce que leur statut de fonctionnaire et leurs vacances si enviées mais si nécessaires ne compensent aucunement. A propos des vacances d'ailleurs, je rappelle que ce sont les enfants qui sont en congé, alors que les enseignants sans élèves vaquent par nécessité. La plupart d'ailleurs ne se formaliseraient pas de voir les vacances d'été raccourcies si les semaines de travail n'étaient pas si lourdes. Les directeurs d'école quant à eux font facilement deux semaines de travail supplémentaires pendant ces mêmes vacances pour arriver à "boucler" leur année scolaire et préparer la suivante...

L'école aujourd'hui est organisée et efficace pour les enfants qui n'ont pas de difficulté de compréhension, ceux qui acquièrent facilement -"normalement"- compétences et notions, qui sont soutenus par leurs parents, ne connaissent pas de drame familial ou arrivent à l'oublier dans une école qui leur sert de refuge. Ceux-ci sauront se contenter d'une aide sommaire, accordée parcimonieusement par un enseignant submergé sous les besoins d'une classe nombreuse et hétérogène, et qui bien qu'attentif et désireux d'accompagner tous ses élèves ne pourra pas se partager plus qu'il le fait déjà pour aider tous ceux qui en auraient besoin. D'autant que les programmes d'un volume démentiel, surchargés de notions difficiles ou surannées, parasités de joyeusetés qui dépendent normalement de l'éducation familiale, ou issues d'effets de mode, doivent absolument être couverts dans l'année... Dois-je ajouter les diverses évaluations normatives qui ne servent qu'à compléter des statistiques nationales inutiles, et font perdre encore plus d'un temps rare et précieux?

Combien sont-ils, ces élèves sacrifiés par le système? Dans un secteur porteur, voire favorisé, 10% ? Et dans d'autres territoires 20%, 30%, 50%... noyés, suffoquant dans des classes aux effectifs pléthoriques qui se sont nettement alourdis pendant le précédent quinquennat, parce que le chef de l’État estimait qu'il y avait trop d'enseignants. Par essence, un "maître d'école" est seul dans sa classe, unique responsable de son enseignement et de ses méthodes de travail. Face à de nombreux élèves difficiles ou en échec, sa bonne volonté ne peut suffire. C'est bien pourquoi chaque année la répartition des élèves en "Conseil des maîtres" donne lieu à tant d'empoignades, chacun voulant, c'est humain et incompréhensible, s'épargner certains enfants difficiles ou déphasés. Qui aura Kevin l'année prochaine? Faute d'accord, c'est finalement le directeur qui décide, car le législateur lui a accordé -à défaut d'une autorité incontestée- le rôle de garde-chiourme.

L'équation "un maître = une classe" a vécu, elle n'est plus en adéquation avec l’hétérogénéité qui règne dans nos écoles. Si on excepte les deux mesures d'envergure nationale que sont le nettoyage des programmes au profit des bases essentielles et la diminution des effectifs, seule une organisation d'école différente, adaptée aux besoins du territoire et de son public, peut restaurer l'équité de traitement à laquelle chacune des familles aspire et chacun de nos élèves à droit. Seule une gestion proche des besoins peut y parvenir. Cette gestion existe dans certaines écoles, où s'est créée une synergie propre à la réussite de tous les élèves. Mais elle ne tient que par la grâce de quelques personnes qui acceptent de sacrifier certains conforts personnels au bien commun. Elle est fragile. Il suffit qu'une seule personne refuse d'entrer dans le "jeu" pour que l'édifice parfois patiemment construit pendant des années s'effondre d'un coup. Je le sais, j'ai connu cette situation.

Pour favoriser des fonctionnements de ce type, la solution existe, celle de donner au directeur d'école les moyens de son action. Le directeur d'école doit pouvoir imposer des fonctionnements autres, des groupes de niveaux qui ne tiennent pas compte de l'âge, des classes déstructurées aux effectifs variables, du travail en ateliers, en grands ou en petits effectifs. Il doit pouvoir imposer une action différente, plus éloignée du pseudo-psychologique et plus proche du scolaire, aux membres des réseaux d'aide présents dans son école. Bref il doit pouvoir répondre aux besoins, qu'en soit d'accord ou non les enseignants présents dans l'école. Gageons qu'après quelques mois d'un fonctionnement commun effectif la plupart, enthousiastes, refuseront de revenir en arrière. Car je crois fortement que la grande majorité d'entre eux sont extrêmement attachés à la réussite des élèves, qui reste notre première motivation. On ne fait pas ce métier pour la "paye"...

Curieusement, pour en revenir au propos de l'opinion publique, la population croit fermement que le directeur d'école possède déjà ces prérogatives. Il faut dire que le terme "directeur" prête à confusion. Le public ignore qu'un directeur d'école ne dirige rien, qu'il n'a pas le temps nécessaire à sa mission, ni le salaire afférent, ni aucun des droits qui lui permettrait de l'accomplir avec efficacité. Forcément, si l'école "ne tourne pas" -comme on dit dans le métier-, c'est à lui qu'on le reprochera, alors qu'il n'y peut rien. Combien de directeurs d'école "débarqués" comme des malpropres, au gré des lubies d'un IEN qui ne veut "pas de vague", d'un Maire persuadé que l'école lui appartient, de collègues à l'égoïsme forcené ou au comportement outré, de syndicalistes lâches ou partisans? Combien de directeurs dégoûtés quittent chaque année leur fonction?

Si la population croit que le directeur possède déjà les prérogatives qui lui sont nécessaires, et va donc lui reprocher de ne pas les exercer, c'est bien parce qu'elle y aspire! C'est exactement ce que soulignait encore récemment la PEEP lors de son congrès -je préfère ignorer la FCPE, engluée dans ses contradictions gauchisantes, qui un jour dit blanc et l'autre noir-. Qui peut imaginer une école communale vaguement pilotée à distance par un inspecteur incompétent? C'est pourtant bien ce qui se passe. L'opinion publique exige aujourd'hui des directeurs d'école reconnus, au droits et devoirs clairement définis, un interlocuteur compétent et constructif: les français aussi veulent que la direction d'école soit statutaire.

***

Nous allons avoir dès le début du prochain trimestre scolaire des discussions sur la "direction d'école". Redéfinition de la mission, droits, devoirs, reconnaissance juridique et institutionnelle, temps, salaire... statut? Le chantier est vaste, et chacun des interlocuteurs va y aller avec ses propres contraintes. Il faudra discuter, ne fâcher personne, tenir compte des budgets. Voilà qui n'est pas simple. Le GDiD n'y sera pas partie prenante, puisque le GDiD n'étant pas un syndicat il ne peut participer légalement à des négociations de ce type. Il y sera néanmoins convié en amont, le ministère lui en a fait la promesse, reconnaissant de facto sinon de jure sa légitimité en tant que seule association de directeurs d'école d'envergure nationale.

Le GDiD n'a rien abandonné de ce qui a amené sa création: il veut un statut clair pour les directeurs d'école. Dans cette démarche, il sera soutenu par le SE-Unsa et le SIEN, un peu par le SGEN, du bout des lèvres peut-être par le SNUipp, pas du tout par FO, la CGT et SUD.

Le GDiD a pour lui la logique et la qualité de sa démarche. Il est soutenu par une opinion publique qui hélas ne le connait pas, et par des médias relais de cette opinion qui le connaissent peu. Au moins une fédération de parents d'élèves, la PEEP, soutient le GDiD (la FCPE, elle, n'a aucune pensée propre).

Le GDiD est largement soutenu par les élus, représentés nationalement par une AMF forte et crainte par l’État. L'ANDEV, représentant les fonctionnaires territoriaux qui travaillent en relation étroite avec les directeurs d'école, soutient également le GDiD sans état d'âme.

Le Ministère de l’Éducation nationale a des soucis budgétaires, c'est pour lui le principal obstacle à l'autonomie réclamée. En revanche, j'ignore s'il veut sincèrement alléger sa prégnance centralisatrice.

Voilà en gros l'état de l'art. Jamais depuis que le GDiD existe sa reconnaissance n'avait été aussi affirmée, ni ses revendications aussi soutenues. Il faut dire qu'elles n'ont pas changé, peut-être un peu évolué, ce qui est confortable pour un interlocuteur sérieux. Quel sera le résultat de ces discussions? Nul ne peut le dire, mais j'ai du mal à imaginer l'octroi immédiat d'un statut pour les directeurs d'école, même si je l'appelle de tous mes vœux. En revanche, un calendrier clair peut être élaboré, car il reste presque quatre ans à ce gouvernement pour aller au bout de son action. La compréhension de ce que nous voulons et nos explications vont donc être primordiales. 2013 sera bien une année décisive. Je souhaite bon courage aux membres du GDiD qui seront amenés à travailler avec le ministère, et je croise les doigts pour qu'il n'en reviennent pas découragés. On y croit!

dimanche 7 juillet 2013

Parlez-vous le jargonat' ?


"Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement", nous a expliqué Boileau avec décision et justesse. Ce vers devrait être gravé en lettres d'or sur le fronton de chaque ESPE, les fameuses Écoles Supérieures du Professorat et de l’Éducation que nous livre aujourd'hui Vincent Peillon pour remplacer les défuntes mais exténuées Ecoles normales, et les non-moins décédés IUFM qui ont crevé sous le poids de leur propre incompétence.

Il existe dans les universités françaises des laboratoires de recherche en "sciences de l'éducation". Je ne savais pas que l'éducation était une science, et je persiste à en douter, préférant à la rigueur le terme de discipline, mais plus sûrement celui d'apostolat ou de sacerdoce. J'admets l'utilité de certains de ces laboratoires, lorsqu'ils observent des pratiques et tentent d'en extraire un contenu transposable. Mais je déplore amplement l'usage qui y est fait de termes incongrus, de néologismes tonitruants, de formulations incompréhensibles du commun des mortels dont je fais partie malgré mes trente-cinq de métier -pardon, d'apostolat-.

Dans "Trois carrés rouges sur fond noir", Tonino Benacquista nous livre le dialogue suivant:
"
- N’empêche... Ça m’impressionne, les gens qui possèdent le code verbal. Sans ça, on arrive à rien.
- Ah vraiment ? Moi je hais tous les jargons. André Breton disait : un philosophe que je ne comprends pas est un salaud !".

Le fond de ce propos est juste si on  considère que je jargon et l'obscurité ne sont que des moyens commodes pour cacher l'inanité de la réflexion. Le mot est déjà un déguisement de la pensée, ce n'est pas en l'affublant d'atours fringants que l'on va en changer la teneur. N'ayez pas peur, bonnes gens, si vous ne comprenez pas un discours prétendu "pédagogique" sur la façon dont vous devez enseigner, ou sur la façon dont votre enfant reçoit un enseignement, ce n'est pas votre intelligence ou votre culture qui sont en cause, c'est simplement que ça ne veut rien dire. Il faut comprendre qu'une grande partie des soi-disant penseurs et pédagogues de l'éducation nationale sont des gens qui ont fui la classe, mais veulent expliquer à autrui l'art et la manière de la faire. Ces gens-là cachent leur incompétence et le néant de leur pensée sous des termes abscons destinés à effrayer le pékin qui oserait réclamer une explication claire, ce qu'ils seraient bien incapables de vous donner. Oui, la bêtise et la prétention sont universelles*¹.

Vous voulez un exemple? Tenez, j'ai découvert ça hier dans une publication savante, dont je tairai le nom et le lien par charité chrétienne: " ... une élucidation du concept de métacognition autour de la notion de contrôle interne  par autoévaluation-régulation de son activité par le sujet lui-même qui, pour ce faire, active de sa mémoire et par prises de consciences intermittentes, des métaconnaissances déjà construites et jugées utiles par le sujet. "

Wouaaaah! C'est beau, non? Certes, c'est parfaitement incompréhensible, mais avouez que ça en jette!

D'ailleurs, ce texte bienvenu nous livre une des clés principales de la fabrication, pourtant secrète, du jargonat' ou "jargon de l'éducation nationale".

Vous prenez n'importe quel mot, ancien de préférence, un mot français, bien élevé, droit dans ses bottes, et qui après mille-cinq-cents ans d'évolution n'imaginait pas une seconde qu'on pourrait le traiter aussi abominablement que je vais le faire. Ce mot va souffrir, je vous préviens, si vous avez l'âme sensible et votre langue maternelle chevillée à l'âme vous devriez vous abstenir de lire les lignes qui suivent.

Vous adjoignez donc à ce pauvre mot un préfixe ou un suffixe, d'origine grecque ou latine, peu importe ((mais ne demandez pas à un jargophile son origine, il l'ignorera avec d'autant plus de volonté qu'il adore mélanger les deux, comme dans l'abominable néologisme "quadriphonie"). Ne prêtez pas non plus forcément attention au sens de cet ajout. Vous obtenez déjà une construction peu ragoutante.

Quelques préfixes fort en usage:

étho-
socio-
psycho-
morpho-
pluri-
primo-

Deux préfixes mis à toutes les sauces:

méta-
auto-

Des préfixes privatifs universels:

dé-
a-

Un suffixe utile:

-ciel

Un suffixe universel:

-eur

Et quelques exemples: métacognition*², métaconnaissances, métamémoire, métacompréhension, méta-attention, autorégulation, autocompréhension, autoefficacité, primo-arrivant, déscolariser, transmetteur, transféreur, régulateur, référenciel, compétenciel, argumentiel, présentiel...

Deux textes (je n'invente rien, ils viennent de la même source que le précédent):

"S'il est vrai que les bons élèves, repérés comme persévérants, motivés, qui ont des métaconnaissances sur leur rapport aux tâches et savoirs scolaires, désignés comme transféreurs et experts en autorégulation, utilisent facilement et selon leur besoin le contrôle interne, cet usage pour apprendre n'est nullement spontané que ce soit pour tout élève en début d'apprentissage, chez les jeunes enfants, ou plus encore chez les élèves en difficulté."

"Notre hypothèse est en effet que la métacognition ne prend son véritable sens que dans sa confrontation à la transmission des savoirs de culture -par l'école et dans nos sociétés à tradition écrite- dont l'appropriation exige et développe la capacité réflexive dont la métacognition est porteuse et prometteuse pour les élèves."

On est loin de Montaigne... Rigolez pas, c'est avec vos sous!

Vous êtes déjà bien avancé sur la voie du jargonat'. Pour le parler en toute connaissance, vous ne devez pas hésiter une seconde à torturer un peu plus ces pauvres mots, en dépit de leurs virulentes protestations ou de leurs cris perçants d'écorchés vifs. Pour ce faire, accumulez les préfixes et les suffixes, en faisant abstraction de toute logique, de façon à devenir le plus sibyllin possible. Mélangez tout ça sans vous soucier d'amalgamer racines grecques et latines, et n'ayez pas peur d'en faire des tonnes: meta-transféreur, psychométarégulation, plurimorphotransmetteur*³... Que du bonheur!

Si vous voulez aller plus loin, pensez à chiper leur vocabulaire aux autres corps de travail et aux autres disciplines ou sciences, comme les travaux publics, l'électricité, la plomberie, la géométrie, la chimie... -tout est bon!-: brique, ciment, zone proximale, linéaire, linéarité, appropriation, consolidation, interactivité, conducteur, inducteur, cristalliser...

Vous pouvez créer des néologismes logiques, mais là vous ferez malheureusement preuve de culture, et peut-être de bon sens, ce qui n'est pas forcément approprié dans le cas qui nous occupe. Détournez tout de même ou inversez les préfixes: par exemple égocentrique vous donnera exocentrique. C'est rigolo, et ça bloquera d'emblée toute personne n'ayant pas fait ses humanités ou simplement lors de ses études fréquenté les lettres classiques.

Utilisez aussi le vocabulaire de l'orientation. Une compétence est une compétence, mais si elle devient transversale, verticale, ou horizontale... Oui, les pédagos sont à l'ouest!

En fait, vous pouvez imaginer ce que vous voulez et raconter n'importe quoi n'importe comment, du moment que vous utilisez des termes créés pour l'occasion que personne n'est humainement en capacité de comprendre. Vous maîtriserez alors le jargonat', et pourrez briller dans n'importe quelle discussion pédagogique, lors de laquelle, n'en doutez aucunement, l'admiration qui vous sera portée sera à la mesure de l'obscurité de vos propos*⁴.

Et c'est ainsi que l'éducation nationale est bourrée de socles et de piliers, une vraie cathédrale! Dans laquelle on trouvera aussi des cycles, des continuums éducatifs et autres champs disciplinaires, des connecteurs, beaucoup d'espaces, de concepts, de conscience, des temps, des phases et des protocoles, des évaluations à foison -sommative, formative, diagnostique- ainsi qu'un amas barbare de sigles sibyllins dont à peine j'ai compris le sens que la chose disparait au profit d'un autre acronyme étrange.

Quand je pense que je me donne quotidiennement la charge de toujours avec mes élèves utiliser le mot juste, d'augmenter constamment chez eux les vocabulaires appropriés, de veiller à leur prononciation correcte et à une syntaxe propre... Enfin, tout ceci ne m'empêchera pas de passer de bonnes vacances, quand j'en aurai enfin terminé avec ce travail de bureau du dirlo qui n'en finit jamais.


Notes:

1) je ne saurais trop vous recommander de relire le merveilleux "Dictionnaire des idées reçues", de notre bon Flaubert qui lui pesait chaque mot avant de l'utiliser;
2) le préfixe grec "meta-" me rappelle toujours fâcheusement -vous m'en voyez navré- ce que m'avait dit une copine dans mon adolescence: "Mets ta [...] ou j'ai mon doigt"...
3) tout cela fait un peu "Goldorak", non? (Fulguro-poing! Clavicogyre!)
4) il faut mettre un terme définitif à la légende du "référenciel bondissant" inventé par Claude Allègre, qui avait certainement lu en diagonale l'excellent "Les hexagons" d'Alain Schiffres, dans lequel l'auteur stigmatise les termes "référentiel" et "sphère rebondissante":
"Voici un document pédagogique. Destiné aux « professeurs des écoles ». Nos anciens maîtres. Les enseignants savaient jadis ce qu'était un ballon. A une époque où les hommes politiques eux aussi « peuvent toujours rebondir », il faut reprendre la question à zéro : Le ballon, précise mon document, est une sphère rebondissante à trajectoires multiples."

mercredi 3 juillet 2013

Le directeur est en souffrance...


Un collègue directeur, membre du bureau du GDiD, vient de commencer à publier sur les forums publics de l'association une lecture des "bonnes pages" d'une thèse de doctorat remarquable de Mme Françoise Mercier-Wiart sur le "management" des écoles, en fait consacrée aux problèmes que rencontrent aujourd'hui les directeurs d'école, déboussolés et abandonnés par leur institution.

Vous trouverez cette thèse ICI.

 Le gros avantage de cette lecture des "bonnes pages" de la thèse que nous propose Pascal Oudot, c'est qu'elle permet de faire abstraction de tout l'appareillage technique et critique de la thèse, certes passionnant pour qui s'intéresse à la question de la direction d'école, mais néanmoins ardu à lire. Je vous recommande donc chaudement la lecture de ce billet sur les forums publics du GDiD, lecture qu'il vous faudra reprendre régulièrement car il semble bien que l'ajout des extraits se fasse progressivement, à mesure que le déchiffrage avance!

Mille mercis au collègue de nous épargner une lecture certes passionnante mais difficile en cette fin d'année scolaire déjà compliquée pour nous tous.

dimanche 30 juin 2013

Point d'étape et fin d'année...


Mes sentiments sont confus en cette veille de vacances. J'ai l'esprit occupé bien entendu par la fin d'année scolaire, avec son lot de tâches "à boucler"... Entre les élèves, la direction de l'école, quelques réunions encore, la dernière main à mettre dans quelques paperasses, la préparation déjà de la rentrée de septembre, ce n'est plus une "dernière ligne droite" car il y a trop de virages serrés à prendre. J'ai l'esprit embrumé, le corps fatigué, la chance aussi heureusement d'avoir maintenant une longue expérience qui me permet de bien planifier mon temps sans gaspiller une énergie qui à mon âge fait parfois défaut.

Mes sentiments sont confus car je ne sais plus trop quoi penser de ce qui nous attend, directrices et directeurs d'école, au premier trimestre de la prochaine année scolaire. Je veux tenter de faire un point d'étape, mais ce n'est pas simple tant les annonces ministérielles se succèdent rapidement, comme les commentaires syndicaux à géométrie variable, ou les informations que je peux capter "par la bande".

Je dois reconnaître que depuis quinze ans jamais une telle attention n'avait été portée à la direction d'école. Le GDiD a clairement gagné la partie, après une douzaine d'années d'investissement fort de la part de ceux qui ont été au départ de l'association. Je rends hommage, en toute sincérité et avec franchise, à Alain Rei et Pierre Lombard, comme à d'autres qui se reconnaîtront, qui font encore partie du GDiD ou l'ont quitté, mais n'ont jamais perdu l'espoir de voir un jour reconnues légitimes les aspirations de l'association. Je n'en fais partie que depuis un tiers du temps qui fut le sien, mais j'espère depuis ces quatre années avoir pu donner ne serait-ce qu'un peu à une cause commune qu'il me parait toujours indispensable de défendre si on croit à l'avenir de l'école publique: le statut nécessaire des directeurs d'école n'est pas un caprice ni une péripétie anecdotique dans l'histoire de l’École, mais bien une mesure indispensable pour la réussite de nos élèves ces prochaines années. Dans un monde difficile, où pouvoir travailler devient une chance que tous ne pourront peut-être pas avoir, la France doit faire le maximum pour que l'école publique française redevienne un modèle d'efficience que malgré tous les efforts des agents de terrain elle n'est plus.

Oui, jamais depuis l'abandon absurde du décret instituant les "maîtres-directeurs" on n'avait porté autant d'attention à notre mission. Ce n'est pas le fruit du hasard, le GDiD a su convaincre certains syndicats d'enseignants -vaincus déjà il faut dire par leur représentation aujourd'hui à la portion congrue-. Ceux qui faisaient défiler contre les "maîtres-directeurs" en 1987 ne mobiliseraient aujourd'hui personne. La nécessité d'un "pilotage" -ou donnez-lui le nom que vous voulez- au plus près des besoins du terrain s'impose aujourd'hui à tous. Et tous le disent: enseignants qui le réclament, députés et sénateurs qui en pointent la nécessité, public qui le demande, municipalités qui l'appellent de leurs voeux... Il reste quelques irréductibles arc-boutés sur les images passées d'un monde ouvrier idéalisé alors qu'il n'a jamais existé, ils ne représentent plus rien ni personne et disparaîtront bientôt dans les poubelles de l'histoire de l'éducation.

Mais il règne une certaine confusion qui ne m'aide pas à faire le point, entre annonces catégorielles pour les enseignants du primaire en général, annonces quant au fonctionnement des écoles, et annonces ou pistes spécifiques à la direction d’école.

Ainsi les enseignants du primaire recevront-ils désormais une prime similaire à celle des enseignants du secondaire, qui indemnise le temps passé au suivi des élèves, très important dans le primaire. Elle ne sera certes pour l'instant pas du même montant, mais on peut penser qu'elle l'atteindra d'ici quelques années, si le budget de l’État se porte mieux. De même, il est évident que la rémunération des enseignants du primaire, dont l'OCDE dans son dernier rapport sorti il y a deux jours pointe encore l'absurde différence avec celle des enseignants du secondaire, sera dans les années qui viennent mise à niveau. Même si certaine centrale syndicale du secondaire gémit à l'injustice, estimant sans doute -nous en avons l'habitude- que les professeurs du primaire ne fichent rien. Je vois pour ma part dans ce genre d'éructation nauséabonde que le fruit d'un affolement qui a pris toute la FSU devant son incapacité à mobiliser, et devant l'avance que prennent l'UNSA et d'autres avant des élections professionnelles qui approchent à grands pas.

Ces mesures indemnitaires et salariales sont, seront, bien évidemment étalées dans le temps, et ne sont et seront que simple justice alors que les professeurs désormais reçoivent ou recevront tous la même formation, qu'ils enseignent en école, au collège ou au lycée. Je veux bien laisser à part le difficile concours de l'agrégation, qui marque des compétences et des connaissances particulières; encore faudrait-il que ces enseignants de valeur soient effectivement employés là où ils sont nécessaires, dans les classes préparatoires et dans le Supérieur.

Il s'agit donc de mettre fin à une discrimination salariale absurde, j'en rends grâce au ministre qui a le courage de s'y atteler. La tâche est difficile dans les conditions actuelles de serrage du budget de l’État, c'est donc doublement méritoire, mais franchement quelle centrale syndicale oserait s'élever contre? Le gouvernement craint comme la peste les réactions syndicales -à tort, aujourd'hui le terrain est fort et exaspéré, les syndicats sont faibles- et voit donc là une piste aussi facile à suivre que juste. Tant mieux. Parallèlement, le ministre de l’Éducation nationale augmente, petit à petit aussi, le nombre d'accédants à la hors-classe dans le primaire, qui on ne sait pour quelle raison n'est que de 2% par an alors que dans le secondaire elle est de 7%. Voilà aussi une mesure qui n'est que justice. Je suis heureux qu'un gouvernement qui se dit "de gauche" montre le désir d'aller vers une égalité de traitement qui pour le coup n'est que simple équité -j'aime le mot "équité"-.

Il faut dire que ce gouvernement demande beaucoup au terrain, dans le primaire, avec le changement des rythmes scolaires et d'autres mesures qui suivront. Mais rappelons-nous que depuis des années d'autres changements plus douloureux nous avaient été imposés -sans que nos syndicats prétendument représentatifs bougent le petit doigt-, et que rien pour autant ne nous avait été octroyé; nous étions de plus en plus sollicités, pour des choses par ailleurs aussi idiotes qu'une rage soudaine d'évaluation ou une folie exacerbée de réunionnite, et voyions parallèlement le nombre de postes d'enseignants diminuer drastiquement, au point d'avoir aujourd'hui dans nos classes des effectifs pléthoriques qui ne contribuent pas à la réussite individuelle de nos élèves. J'en sais quelque chose, j'ai connu deux fermetures de classe dans cette période, comme j'ai vu nombre de remplaçants disparaître du paysage. Je ne me plains pas en revanche du laminage des RASED, ayant toujours proclamé leur totale inefficacité de fonctionnement. Ce qui ne signifie pas que je voulais les voir totalement disparaître, non, j'aurais simplement bien apprécié qu'on les fasse travailler différemment. J'ai toujours pensé, et je crois toujours, que la place d'un élève est au sein de sa classe, et que le meilleur moyen de l'aider est de l'y soutenir dans ses apprentissages, pas de l'en sortir pour lui administrer ponctuellement quelque potion fumeuse.

Notons aussi, ce n'est pas un détail pour moi, l'abandon presque complet de l'évaluationnite aigüe qui a touché notre profession, et dont je réclame encore qu'on m'en prouve l'utilité. Je n'évoquerai que pour mémoire ce qu'on réclamait aux enseignants de maternelle dont je fais partie, demandes ridicules qui ne prouvaient qu'une chose, à savoir l'ignorance totale de notre ministère, mais aussi hélas de nos IEN, de la façon dont grandit intellectuellement un enfant entre trois et six ans: faire de l'évaluation notionnelle normative à ces âges relève d'un esprit malade. Réclamer d'un enseignant de petite section qu'il bloque une semaine par trimestre pour faire des évaluations de langage, et je n'invente rien puisque c'est ce qu'a osé suggérer un IEN de ma connaissance, c'est... tiens, je n'ose même pas dire ce que c'est!

Je ressens également un fort soulagement quant à la disparition de l'aide personnalisée, tant elle était inadaptée à mon travail, absurde en maternelle quand les enfants après une journée de classe lors de laquelle ils ont été longuement sollicités ne rêvent que de calme et de repos, suçant leur pouce affalés dans le lieu de regroupement. Absurde aussi car elle nie tout ce que je crois quant à ce que doit être une journée de travail avec des élèves entre trois et six ans, qui ne peuvent être mis à contribution qu'individuellement si on veut être efficace, ce qui d'ailleurs à mon sens est aussi le cas en élémentaire comme dans les premières années du collège, l’enseignement collectif ne devenant efficace que lorsqu'un enfant a acquis ce qui lui est nécessaire de compétences d'apprentissage et de méthodes de travail. Si en maternelle on ne fait que du collectif à longueur de journée, du scolaire éloigné de l’individu, à grand renfort de "fiches" toutes prêtes et inadaptées, il est certain que la moitié des enfants ne comprendront rien, désespéreront et se fatigueront inutilement. Je suppose que l'enseignant, en toute bonne foi et parce qu'il n'a rien compris de son métier, considérera alors la moitié de son effectif comme "en échec". Mais c'est un autre débat.

Il reste beaucoup à faire, laver à grande eau les programmes par exemple. M. Peillon a devant lui un chantier peu ordinaire, j'espère qu'il tiendra le coup. Parce que j'avoue que malgré mes préventions après la "grande concertation" dont on nous a rebattu les oreilles en 2012, je vois aujourd'hui un homme que je pense honnête et qui me semble prendre la bonne voie. Ne me faites pas mentir, M. Peillon! Je suis critique, mais je sais aussi reconnaître les mérites d'autrui.

Reste la question cruciale de la direction d'école.

Je l'ai écrit plus haut, le ministre craint les syndicats. A tort. Leur puissance ou leur aura maintenant n'est plus à la hauteur de leur réputation. Je ferai abstraction du trio infernal des syndicats d'extrême-gauche qui ne veulent rien savoir, ne pensent rien et disent non à tout: ils ne représentent qu'eux-mêmes, c'est à dire personne, et leur audience chez les enseignants est aussi nulle que leur niveau intellectuel. Leur capacité de nuisance est également réduite à la portion congrue, il suffit de voir leurs derniers appels à la grève ou à manifester qui ne réunissent plus que quelques pékins égarés dont les parents communistes ou trotskystes vivotaient dans l'attente d'un "grand soir" qui s'est finalement avéré une nuit bienfaisante. Ignorons-les. Ignorons aussi le SGEN-Cfdt, qui ne sait plus où il en est: il s'est égaré, fourvoyé, perdu, il erre désespérément dans la forêt à la recherche de la sortie, mais tourne en rond. Ignorons enfin les "petits syndicats", qui ne représentent pas plus d'enseignants qu'ils n'en représentaient avant, et existent encore on ne sait trop pourquoi. Je le déplore, certains ont de bonnes idées. Mais bon. En revanche, c'est à un combat de titans que nous assistons entre les deux frères ennemis issus de l'heureusement défunt SNI-pegc, à savoir le SE-Unsa progressiste et le conservateur SNUipp. Enfin, de titans... j'écris ça pour leur faire plaisir. J'observe plutôt une lutte de nains, un pugilat désespéré pour attirer les derniers syndiqués d'une profession qui ne l'est plus qu'à 15%, contre 70% il y a trente ans. Néanmoins, il ne faut pas sous-estimer la capacité de nuisance de ces gens-là, dont les déclarations les plus ridicules arrivent encore à trouver un écho chez certains enseignants désespérés ou trop bêtes pour voir plus loin que le bout de leur nez. Quand je lis ce qu'arrivent à écrire dans les forums internet certains de mes collègues, je me dis que vraiment l'être humain est encore loin de l'ultime niveau de conscience, et qu'il va encore falloir de nombreux cycles de réincarnation.

Pourtant la nécessité de donner aux écoles leur autonomie, et par définition aux directeurs d'école un statut clair qui leur permettre d'encadrer cette autonomie, est aujourd'hui une évidence pour tous ceux qui croient en l'avenir de l'école publique, pour tous ceux qui ont compris que l'éducation est pour une Nation un investissement indispensable, pour tous ceux qui voient clairement que seul un directeur d'école à la mission parfaitement définie et aux prérogatives élargies peut donner à TOUS les élèves de son école la certitude d'un investissement complet au service de leur travail, sinon la garantie de leur totale réussite scolaire.

Cette évidence est partagée par les élus locaux, par les représentants de la Nation à la Chambre ou au Sénat, par la plupart des familles, celles du moins qui s'investissent dans l'éducation de leurs enfants et comprennent le rôle primordial de l'école.

J'ai ouï dire, parce que j'ai des antennes un peu partout et de grandes oreilles, que certaines des mesures d'urgence que je réclame sur ce blog depuis des mois pourraient être discutées, voire proclamées, à la prochaine rentrée. J'aurais espéré un calendrier plus rapproché, une ou des annonces dès cette fin juin afin d'apporter aux directeurs d'école de meilleures perspectives, de donner envie de continuer et de combattre la lassitude qui nous accable tous. Je ne suis pas le maître. Et comme vous tous, chers collègues qui vous accrochez encore, je prépare la rentrée de septembre sans joie mais avec conscience. Néanmoins, sachant qu'à part les syndicats seul le GDiD a été écouté ce mois-ci au ministère lors des discussions concernant le direction d'école, sachant que le GDiD sera également sollicité en parallèle des négociations de septembre qui légalement ne peuvent concerner que les instances syndicales, j'ai bon espoir que nombre de nos revendications seront entendues, d'autant que le SE-Unsa lui-même en soutient une grande partie. Nous aurons au moins un allié dans la place, sans compter un ministère qui peut-être a eu le temps d'appréhender la réalité du fonctionnement du terrain comme ses évidents besoins de structuration locale. Il faudra combattre un SNUipp hésitant qui se réfugiera peut-être dans ses vieilles lunes par peur du changement. Je ne peux pas, je ne veux pas imaginer qu'une partie même seulement de ce que nous réclamons puisse nous être refusée, car ce serait le signal de l'effondrement de l'école telle que je la souhaite, structuré et efficiente, au plus près des besoins de nos élèves. Je crains qu'alors nombre de directeurs et directrices encore accrochés parce que bercés d'espoir lâchent définitivement leur mission, ce qui signifierait l'abandon soudain de millénaires d'expérience cumulée.

Je ne crois pas pour autant que les directeurs d'école obtiendront un statut dans l'immédiat. Je ne suis pas un imbécile, et il faut un début à tout, même à l'abandon du syndrome "caporaliste" par certaines centrales syndicales qui se dandinent encore d'un pied sur l'autre comme un tout-petit qui a envie de faire pipi.

Et puis il faudra être clair, même vis-à-vis de nos alliés dans la place. J'ai reçu un mauvais signal hier dans le courrier électronique de mon école en recevant la proposition d'employer une EVS l'an prochain. J'ai déjà donné, merci. Même sans décharge je préfère encore faire mon boulot moi-même, cela me donne moins de peine et me prend moins de temps que d'en expliquer la teneur à une personne qui ne panne que couic au fonctionnement d'une école, quand elle comprend ce que je lui explique, et derrière laquelle je devrai néanmoins passer pour vérifier son travail.

Je peux admettre que le SE-Unsa, qui avait démarré cette ânerie en 2006 en signant le fameux "protocole" qui lui avait valu de perdre largement les élections professionnelles suivantes, reste dans sa propre logique en imaginant faire perdurer un système qui consiste à créer des milliers d'emplois précaires et inadaptés. Je peux l'admettre, mais je ne le soutiens pas. J'y suis même farouchement opposé, car je considère les EVS comme un cache-misère, une façon déloyale et coûteuse de détourner l'attention du vrai problème qui est celui du statut des directeurs d'école. Ce n'est pas du temps d'un autrui incompétent dont j'ai besoin, c'est du temps professionnel d'un enseignant qui pourrait me décharger de mon travail de classe pour me permettre de me consacrer à ma mission. Car contrairement à certains rien ne m'y rebute, même les tâches les plus ingrates, tant je sais que c'est au service de mes élèves que je les remplis, en facilitant le travail de mes collègues. Oui, j'ai du plaisir quand je déballe et vérifie des livraisons, ou quand je fais un inventaire. Pourtant je le fais sans aucune décharge, après mon temps de classe. Vous avez le doit de me prendre pour une andouille, je ne vous l'interdis pas. Mais pour moi la mission de direction est globale, elle inclut tout ce que je considère comme nécessaire au fonctionnement général de mon école. A mon âge, on ne se refait pas.

Dans cette optique de l'arbre qui cache la forêt, je comprends aussi que le SNUipp soutienne aujourd'hui activement l'arrivée des EVS dans les écoles, alors que ce syndicat a farouchement combattu la chose il y a peu. Pour le SNUipp, c'est une excellente façon d'ignorer la revendication du statut des directeurs d'école, ou du moins de la retarder au maximum, tant je crois ce statut imparable et irrévocable. C'est bien pourquoi je considère que le SE, pris à son propre piège, a eu tort de persister à les réclamer. Le ministère pense sincèrement que la mesure qu'ils ont prise, comme l'arrivée aussi de "contrats aidés", est une aide réelle pour les écoles. Ne nous leurrons pas, chers collègues directrices et directeurs d'école, c'est de la glu que l'on vient de répandre sous vos pas, un moyen pratique de ne pas vous accorder rapidement ce que vous souhaitez autant que moi, un statut qui vous libère les épaules et vous permette d'accomplir au mieux votre mission de direction. Il faut arrêter les blagues, comme l'écrivait récemment le SGEN-Cfdt: c'est d'un statut que nous avons besoin. Mais je crois vraiment le ministère sincère, il se laisse bercer par les sirènes syndicales. J'espère qu'il aura entendu les représentants du GDiD.

Voilà où j'en suis. En cette fin juin, la tête lourde de fatigue, le corps épuisé, je veille à terminer ce qui doit être fait, à préparer ce que je peux anticiper. Nous nous acheminons vers les vacances, en espérant que les conditions climatiques nous permettront de souffler et de faire le plein de lumière. Je vais dès ces derniers mots écrits me servir un pastis, car le soleil brille par la fenêtre du lieu où je tape ces mots. Je vous souhaite, chères et chers collègues, amis lecteurs qui me suivez dans mes réflexions, soutiens ou détracteurs, de bonnes, reposantes et méritées vacances, car je ne sais pas si j'aurai la force d'ajouter avant samedi prochain un nouveau billet. A moins qu'une annonce ministérielle...

dimanche 23 juin 2013

La rentrée sera lourde...


Le GDiD a été reçu au ministère de l’Éducation nationale jeudi dernier. En cette fin d'année qui pour chacun d'entre nous, directrices et directeurs d'école, est synonyme de tâches multiples et simultanées, on ne peut décemment reprocher aux bénévoles de l'association de ne pas immédiatement communiquer sur le sujet, car j'imagine que tout autant que moi ils ont la tête dans... euh... dans ce que vous voulez (cirage, semoule, purée -ou pire-). D'autant qu'il est décent et raisonnable de ne pas couper l'herbe sous le pied du ministère, qui ne se réjouirait certainement pas de voir étalées au grand jour des propositions ou pistes de travail qui devront pour la plupart être discutées avec les syndicats en septembre lors de "l'agenda social". Soyons sérieux.

J'imagine tout de même que le GDiD ne va pas tarder à nous faire parvenir quelques informations, avant les vacances j'entends. Informations qui seront lourdes de conséquences pour le GDiD comme pour le ministère. Effectivement, il est clair que le GDiD est aujourd'hui unanimement considéré comme un interlocuteur sérieux et compétent, représentatif, à la présence justifiée dans toute discussion concernant les directeurs d'école. Ces derniers ne s'y trompent d'ailleurs pas en étant toujours plus nombreux à rejoindre l'association, ce dont je me réjouis fortement car le nombre fait la force face à des centrales syndicales qui pour certaines mettaient encore récemment en doute notre représentativité. Si vous ne l'avez pas fait, prenez donc dès aujourd'hui votre adhésion pour l'année scolaire 2013-2014, ces vingt euros vous rapporteront je pense beaucoup. Je suis persuadé que le nombre d'adhérents va exploser de façon justifiée. Mais le ministère également a tout intérêt à ce que le GDiD communique rapidement! N'oublions pas que le SE a posé récemment une "alerte sociale", préalable à un préavis de grève. Il serait dommage d'observer dès la prochaine rentrée un mouvement difficilement contrôlable comme pourrait l'être une grève des directeurs d'école -une grève administrative avec abandon des clés OTP?- et leur refus de communiquer tout chiffre et toute information.

D'autant que cette rentrée de septembre 2013 est cruciale pour l’Éducation nationale et M. Peillon, puisque nous verrons les premières applications de la "refondation". Disons-le, la rentrée sera lourde. Pas uniquement pour les écoles qui passeront aux nouveaux rythmes scolaires, et dont les directeurs vont certainement s'arracher les cheveux à jongler entre leur classe, leur direction d'école, la gestion des nouveaux horaires et celle des temps communs avec le périscolaire, etc. Mais aussi pour toutes les écoles qui n'y passeront pas et dont les directeurs devront néanmoins en plus de leurs six heures de classe organiser des APC, gérer les temps de réunion, j'en passe et des meilleures. Le ministère a largement alourdi pour septembre 2013 la barque d'une gestion déjà difficile au quotidien sur le terrain. Je fais mes condoléances aux directeurs d'école de ce pays, chers collègues, je compatis à nos prochains soucis.

Je fais aussi tous mes vœux aux collègues imprudents qui voudront intégrer dans leur école un EVS ou un "contrat aidé"... Franche rigolade en perspective! Le ministère a certainement cru sur parole des syndicats qui après avoir dit pis que pendre des EVS veulent aujourd'hui en mettre partout, en dépit de toute logique, mais surtout en dépit des dénégations des directeurs d'école qui voudraient du temps à eux, du temps de professionnel, et non du temps de personnels non formés, souvent incompétents, quand ils ne sont pas totalement réfractaires à cet emploi étrange de bouche-trou scolaire payé au rabais. Je suis persuadé que M. Peillon est ravi d'avoir fait avec ces EVS et ces "contrats aidés" quelque chose pour l'école. Dramatique erreur, dont on verra le résultat sur le terrain dès la rentrée avec à mon avis des cafouillages monstrueux.

Il est donc très important que, dans ces circonstances qui s'annoncent difficiles, le GDiD communique avant les vacances, afin de prévenir d'inévitables montées de colère chez des directeurs d'école sans perspective. Se dire que telle ou telle amélioration sera rapidement mise en place nous permettra de patienter. Mais sans annonce avant les vacances, je doute que l'énergie et la bonne volonté des directeurs d'école ne soient pas sérieusement écornées. Le ministère aurait donc tout intérêt à faire un geste rapide, dans les quinze jours qui restent.

Des trois mesures urgentes à prendre que j'ai déjà évoquées dans ce blog, l'une devra clairement attendre septembre, celle de l'éventuelle généralisation du point d'indice supplémentaire pour l'accès à la hors-classe dont il est logique et raisonnable d'imaginer qu'elle sera discutée lors de "l'agenda social" dans le cadre des mesures plus larges quant à la revalorisation de la fonction. J'aspire évidemment toujours à la création d'un statut pour les directeurs d'école, même si certains syndicats que je ne nommerai pas par charité chrétienne, se gargarisent déjà que ce ne sera pas le cas (attendez les prochaines élections professionnelles de 2014, mes cocos, on va rire!). Sur ce point, je ne lâcherai rien et ne me satisferai pas de clopinettes syndicalo-ministérielles.

Deux mesures en revanche peuvent être affirmées rapidement tant elles sont simples à prendre, l'une d'ailleurs étant quasiment induite dans l'autre: l'affirmation de l'autonomie des écoles, et la gestion des 108 heures par les directeurs d'école. Qu'est-il besoin d'une surveillance presque policière par des IEN déjà surchargés de l'emploi du temps des écoles? Les directeurs ne sont donc pas considérés comme des adultes et des gestionnaires responsables? Il est vrai que l'infantilisation à outrance des personnels reste une des bases du fonctionnement de l’Éducation nationale, ce qu'il est largement temps de changer. Il faut donc laisser à la direction d'école la gestion de ces temps, dont il est nécessaire parallèlement de totalement la décharger. Comment peut-on raisonnablement envisager qu'un directeur d'école gère son établissement tout en encadrant des APC et en surveillant l’organisation du dispositif? Si je prends mon propre exemple, je suppose que je devrais accomplir ma mission proprement dite passées 18h? Ridicule. L'encadrement des APC en particulier est incompatible avec la mission de direction. Évidemment, laisser aux directeurs d'école le soin de gérer ces temps tout en les en dispensant serait en soit déjà une affirmation claire de l'autonomie des écoles, et de ce que les directeurs sont des professionnels reconnus.

Donc, il y a urgence. Double urgence. Pour le GDiD, de communiquer rapidement; pour le ministère de parler clairement avant les vacances, et de faire une première annonce simple et sans équivoque. Car les directeurs d'école ne se satisferont et ne se contenteront pas d'EVS et de "contrats aidés" qu'ils n'ont jamais demandé.