lundi 9 juillet 2018

J'ai décidé de vous laisser grandir...

La fin d'une année scolaire porte toujours un lot étrange de sensations et de sentiments. La sensation d'abord bien sûr d'être libéré d'un poids immense, mais aussi un curieux sentiment de nostalgie. Je ne parle pas de la charge de la direction d'une école, qui elle restera présente en arrière-plan tout au long des vacances, mais de celle de mes élèves. Chargé de classe à temps plein, je ne peux pas m'abstraire de la responsabilité qui m'est donnée d'accompagner chaque année une trentaine de loupiotes et loupiots avides.

Cette avidité prend des formes différentes selon l'enfant qu'elle concerne. A l'âge qu'ont mes élèves, soit entre quatre et six ans, ils ont autant envie d'apprendre que besoin d'être écoutés, aimés, et aussi de bouger, courir, s'exprimer physiquement et oralement, de crier parfois. Qui ne connait pas la petite enfance ne peut pas comprendre la vampirisation qu'opère un petit, l'énergie qu'il draine, la pompe physique et intellectuelle qu'il représente.

Quand ils "arrivent" dans ma classe, la plupart ne me connait que très peu. Si je rends souvent visite aux autres classes - du moins le plus qu'il m'est possible -, s'ils m'ont "pratiqué" de temps à autre lors d'activités collectives quand je dirige la chorale de l'école ou lorsqu'hélas le Directeur que je suis doit les disputer à l'occasion d'un déplacement ou d'une des rares récréations communes, en réalité les enfants de l'école ne savent pas vraiment qui je suis. Alors ils ont peur. Ou plutôt ils ressentent un mélange de crainte et d'envie : l'envie de venir dans ma classe - il y a des ordinateurs... c'est la classe des "Grands"... il s'y passe sûrement des choses étonnantes ! -, et la crainte de l'homme que je suis. Oui, un homme dans le primaire c'est rare, ne parlons même plus de l'école maternelle dont le nom simplement ne porte guère d'ambiguïté. Que de fantasmes pour ces petits ! Car si nous appelons nos élèves les plus âgés les "Grands", ce sont bien des petits en réalité. Ils ont chacun leur personnalité déjà, ce sont des individus à part entière avec leurs attitudes, leurs compétences, leur comportement propre. Leur page n'est plus vierge. Pour autant tout un livre reste à écrire.

Ils comprennent vite qui je suis. Je braille quand c'est nécessaire (une petite disait, à l'occasion d'une admonestation collective dans le couloir, "Pa'cal y rou'pète!"). Je suis aussi souriant, et volontiers blagueur... C'est souvent que je les provoque avec une plaisanterie, certains rapidement n'hésitent pas à me "charrier" à bon escient, et nous rions tous ensemble plus qu'à notre tour. Oui, l'homme que je suis accepte volontiers de câliner lorsque c'est nécessaire, ils sont vite rassurés sur ce point, je suis consolateur parce qu'une peine enfantine est trop importante pour rester ignorée. Et puis il y a le travail... Ah, le travail ! Ils apprennent en à peine plus de temps qu'il en faut pour l'écrire que je suis exigeant dans le travail, qu'ils feront chaque jour de la lecture et des maths et du graphisme ou de l'écriture, que c'est important d'apprendre et de savoir faire, que j'exige qu'ils écoutent mes explications, que l'erreur est normale et fait partie du processus, que j'accepte les hésitations mais qu'il est nécessaire de "se lancer" même si on est dans l'incertitude, que je donne un coup de main quand vraiment on en a besoin, que recommencer son travail n'est pas une punition mais une des conditions de la réussite... Je n'ai aucun boulot raté, je n'ai que des manipulations et des travaux réussis, parce que les enfants et moi nous en donnons les moyens à la mesure des besoins de chacun.

Autant vous dire qu'à la sortie de fin d'après-midi le maître n'a plus de jus. Les enfants non plus. Mais il est rare que je ne sois pas satisfait. Les enfants, eux, grandissent. Ils le sentent, ils le savent. Ils apprennent leur métier d'élève et après quelques semaines, quelques mois, ils le maîtrisent, chacun à son rythme.

Alors la fin de l'année porte ce sentiment bizarre et contradictoire d'accomplissement, de regret mais de soulagement d'avoir terminé, et la nostalgie de les voir partir alors qu'on est trop content qu'ils le fassent ! Vous êtes trop grands maintenant, il vous faut aller votre chemin, continuer ce parcours difficile, voir d'autres personnes et d'autres organisations, continuer votre apprentissage, grandir, grandir, grandir...

Depuis que nous avons visité la classe de CP le comportement des enfants a changé. Ils ont vu leur future maîtresse, ils sont revu leurs camarades qui avaient quitté l'école l'année précédente et qu'ils ont trouvés bien différents. C'est donc vrai que nous allons partir ? C'est donc vrai que nous allons quitter ce douillet cocon dans lequel nous passons le plus clair de notre temps depuis au moins trois ans ? C'est donc vrai que nous ne pourrons plus papoter à quatre ou cinq aux toilettes en faisant pipi ? Je me demande si quelques-uns n'envieraient pas les anciens Romains - s'ils les connaissaient - qui eux aussi transformaient leurs latrines en lieux de réunion.

Oui mais voilà : j'ai décidé de vous laisser partir, j'ai décidé de vous laisser grandir. Pour la plupart vous ne le savez pas encore mais vous le sentez bien : votre place n'est plus ici. Il vous faut autre chose, voir d'autres gens et d'autres fonctionnements, aller plus haut... Je le sens bien, moi, que le temps de la petite enfance est passé pour vous. Vous allez apprendre à lire - je sais, Léonie et Maxime savent déjà -, c'est un monde nouveau qui s'offre à vous, sur lequel vous devez vous précipiter avec la soif et la faim dont vous savez faire preuve.

Je vous aime trop pour avoir envie de vous retenir.

Vous m'aimez aussi, je le sais, vous n'avez pas cessé de me le montrer depuis cette visite au CP. Vous voulez que je vous prenne dans mes bras, vous me le dites - "Pascal, je t'aime, tu sais." -, vous grimpez sur mes genoux à deux ou trois, quitte à vous battre pour le faire, lorsque par malheur il m'arrive de m'asseoir quelque part. Cela s'est amplifié ces deux dernières semaines... "Ma" Laura, dont j'ai à peine entendu le son de la voix pendant deux ans qu'elle a été avec moi, me déclare soudain que "Pascal tu vas me manquer." avec un sourire merveilleux de lumière et d'affection. Même les enfants moins faciles, ou dans la difficulté déjà, me montrent qu'ils ont compris combien j'avais investi en eux pour qu'ils progressent. Ils en ont pris plein leur grade toute l'année, ils ont changé, ils ont appris, ils m'en sont gré.

Que pourrais-je demander de plus ? Avec la fatigue qui est la mienne, avec la lassitude que je ressens après quarante années de cet investissement, avec les problèmes physiques - nombreux - que je tais et l'usure, je reste aussi innocent chaque fin d'année comme je reste innocent chaque début d'année, comme j'accueille indifféremment X ou Y, fille ou garçon, que soient couleur de peau ou religion, facilités ou difficultés : chaque enfant est un monde en devenir, et on ne le ressent jamais plus qu'à l'école maternelle. Je ne souhaite toujours qu'une seule chose à mes élèves : qu'ils deviennent des adultes responsables, aimants, qu'ils fassent bénéficier chacun de leurs compétences et de leurs connaissances, qu'ils acquièrent et transmettent, qu'ils soient heureux ou presque, qu'ils aiment et soient aimés. Et puis que peut-être, dans un coin de leur mémoire, dans un coin de leur cœur, sans qu'ils sachent dire qui comment ni pourquoi, ils aient une pensée fugitive pour moi, qui sait ? Une pensée comme un prière sont des choses précieuses, des pierres rares qu'ils faut choyer, car aucune démonstration d'amour ne sera jamais vaine.



samedi 30 juin 2018

Et si on virait Blanquer ?

Je vais le dire clairement : nos syndicats n'ont pas de couilles.

 Oui, c'est une déclaration invraisemblable tant elle n'est pas dans le confort intellectuel et bien-pensant. En plus elle fait allusion à des attributs qu'il n'est pas bon de rappeler dans l'ambiance anti-sexiste du moment. Mais j'assume complètement, j'en ai marre des bons sentiments dont je vous rappelle qu'ils pavent l'enfer.

Nos syndicats sont tétanisés devant Blanquer. C'est ahurissant : Ce type est clairement un extrémiste de droite, il n'a aucune idée ni aucun velléité de faire avancer le schmilblick, il ne pense qu'à sa notoriété médiatique et à la vente de ses bouquins. Le degré zéro du néant.

Qu'a-t-il fait depuis un an ? Appliquer ce que le Président de la République - pour lequel j'avoue avoir beaucoup de respect - avait dit qu'il ferait avant son élection. Sinon ? Rien. le système est tout autant merdique, et les conditions de travail ne font qu'empirer. Nos élèves ? Il s'en fout royalement, et ce dernier terme est choisi avec escient parce qu'un belle guillotine virtuelle ne me déplairait pas.

J'ai rarement vu chez un ministre une telle absence de vue, si j'excepte Jack Lang qui nous a beaucoup fait rire jaune par son inexistence.

Alors pourquoi ne le virons-nous pas ? C'est pourtant facile de virer un ministre de l’Éducation nationale. Encore faudrait-il que les élections professionnelles - si angoissantes pour des syndicats attachés à leurs privilèges, leurs sièges, leurs décharges de service - ne soient pas en ligne de mire. Si j'en crois les courriels idiots que je reçois depuis six mois, c'est quand même leur fond de culotte que je tiens entre mes mains. Encore heureux que je n'aie pas à les torcher, je bosse en maternelle merci.

Je regrette profondément Mme Vallaud-Belkacem, qui fut la meilleure ministre que nous ayons eu depuis... pfouuuu... Si elle n'avait pas été pour la "droite" française un tel sujet de mépris, un tel sujet de désinformation et de mensonge... Elle fut toujours à l'écoute, avec honnêteté. Je ne peux m'empêcher de penser que le fond du dénigrement dont elle fut le sujet était une xénophobie latente, s'appeler Belkacem en France reste pour nos vieux connards de politiciens et peut-être pour une partie des Français fanatisés un handicap. Surtout dans une période de repli identitaire irraisonné et infondé.

Franchement, j'en ai marre. J'en ai marre d'être pris pour un con avec le boulot que je fais au plus près de mes élèves, de leur bien-être et de leur réussite. Alors être considéré comme une merde par un imbécile pourrait être une volupté de fin gourmet si cela ne faisait pas quatre décennies que c'était le cas.

Dehors Blanquer. Dehors le vilain. Dehors le m'as-tu-vu. Dehors l'inopérant. Dehors.

samedi 9 juin 2018

Les trois maux de L’Éducation nationale : passé fantasmé, animisme et pensée magique...

L’Éducation nationale en France souffre de trois maux majeurs, qu'elle enfante ou qu'on lui inflige, dans lesquels elle se complait parfois, trois maux qui sont autant d'obstacles à une réforme de l'institution pourtant indispensable : le passé fantasmé, l'animisme et la pensée magique.

Le Français possède la fâcheuse habitude de se construire de faux souvenirs de son enfance. Il faut dire qu'on l'y aide bien, les interférences rétroactives et la désinformation pullulent, les réseaux sociaux amplifient encore le phénomène. L'idée que "c'était mieux avant" (avant quoi? Avant qui?) est une idée commune qui n'a aucun fondement réel, que ce soit socialement, économiquement, pour la santé publique, pour l'enseignement en ce qui concerne mon propos. Le discours institutionnel lui-même se complait dans un passé fantasmé qui évite certainement d'affronter les vraies questions, celles qui sont cruciales pour la rénovation nécessaire de l'institution elle-même; il n'est question que de "retour": "revenir aux fondamentaux", "revenir à la syllabique", "retour de l'uniforme", "retour de la discipline"...

Que le mensonge soit conscient ou pas, les chiffres nous disent la vérité sur la qualité de notre enseignement : il y avait 1% de bacheliers dans la population française en 1900, 20% en 1970... et près de 77% en 2012.


D'autre part la proportion d'illettrés en France est plus parlante encore, car on écrit de mieux en mieux en France (tableau extrait d'une plaquette de l'Agence nationale de Lutte contre l'Illettrisme):


Et pourfendons au passage l'idée que l'illettrisme frappe plus les personnes d'origine étrangère - avec certainement une connotation xénophobe - :


Alors, ce "retour" ? Un retour à une époque proche (j'avais dix ans en 1971) où 80 % de la population ne possédait pas le baccalauréat , où 50 % des logements surpeuplés n'avaient pas de salle de bain et un cinquième même l'eau courante ? Je n'ai jamais regretté mon enfance, je n'ai jamais eu la moindre nostalgie d'une époque que pour rien au monde je ne voudrais revivre. Le vrai regret que semble recouvrir cette invraisemblable mélancolie me parait plutôt représenter le deuil difficile des "trente glorieuses", lorsque la France connaissait le plein emploi et que les progrès techniques ou évolutions sociales transformaient chaque année un peu plus la vie des Français. J'y vois aussi un recul effrayé devant une "modernité" que beaucoup des plus de quarante ans ont du mal à comprendre et à appréhender, avec une révolution galopante des moyens de communication, une peur irraisonnée et concomitante de l'avenir aussi face à un monde qui parait instable. Quand je pense que notre pays a inventé "les droits de l'homme" et fait trois révolutions ! Il faut admettre qu'on aide bien les Français à avoir peur, les politiques dont c'est l'intérêt et des médias qui n'ont rien d'autre à écrire se complaisent quotidiennement dans une description apocalyptique de ce qui nous attend... Une population abattue ne peut que se laisser mourir, ou du moins se laisser manipuler.

Comment dans ces conditions ne pas céder aux sirènes du passé fantasmé ? Surtout quand un ministre multiplie les entretiens médiatiques en racontant tout et n'importe quoi. C'était mieux avant... Non, c'était bien pire. Mais pour surtout ne rien changer il vaut mieux vanter les mérites d'un uniforme scolaire qui n'a jamais existé chez nous, ou fustiger "les écrans" ou le "téléphone mobile" comme il y a cinquante ans on fustigeait la télévision et accusait les Shadoks de Rouxel de pervertir la jeunesse.

Voilà bien de l'animisme. Quand le "ressenti" général est au désespoir les objets acquièrent une âme, qu'on peut idolâtrer ou diaboliser : les "écrans" abiment nos enfants qui ne vivent plus que dans un monde virtuel, le smartphone est une abomination qui faut bannir... Nos gouvernants se précipitent sur ces palliatifs pour détourner notre attention et persister dans le statu-quo : panem et circenses. Les Français abrutis de pain et de jeux laisseront perdurer ce merveilleux système de nomenklatura fonctionnariale qui ruine la Nation et sclérose un peu plus chaque jour nos institutions, l’Éducation nationale monstrueusement et pléthoriquement pyramidale (avec parait-il "un sujet horizontal à sa tête") en étant un des meilleurs exemples.

Il faut donc brûler ces objets qui détournent la jeunesse de je ne sais quoi, ou au contraire les en parer pour uniformiser cette masse enfantine et adolescente qu'on ne comprend pas. C'est amusant comme chaque époque ne comprend rien aux aspirations de ses enfants... Je suppose que Cro-Magnon devait se plaindre que "la jeunesse ne sait plus tailler un silex correctement, nom de nom !". Et puis "on n'a qu'à leur filer à tous la même peau de bête, tu verras, ça ira tout de suite mieux". Pensée magique ? Ce que je peux excuser de Cro-Magnon, j'ai plus de mal à le faire de mes contemporains.

Pour un ministre exprimer que l'abandon de la "méthode globale" résoudra tous les problèmes n'est pas un aveuglement car il sait pertinemment que celle-ci n'a quasiment jamais été utilisée. En revanche exprimer quotidiennement dans les magazines les plus invraisemblables que depuis qu'il est là tout va mieux et que ça ne peut aller qu'en s'améliorant, cela relève de la pensée magique. Mais le tout réuni permet de conforter chez les Français l'idée que les enseignants sont incompétents et freinent toute réforme, alors qu'ils sont les premiers à réclamer une rénovation profonde du pilotage du système. D'où certains sondages dans lesquels la première piste envisagée par la population pour les économies que pourrait faire l’État passe par une diminution drastique du nombre des fonctionnaires. A condition d'ailleurs qu'il ne soit pas directement impacté bien sûr, le Français moyen non seulement est incapable de raisonner, mais il est aussi schizophrène. Comme il est jaloux d'autrui, et d'un égocentrisme forcené.

Je peux utilement rappeler que la "pensée magique", si elle est d'après Freud une étape indispensable du développement du tout-petit, devient une pathologie lorsqu'elle persiste. Intelligemment utilisée, on voit qu'elle peut aussi être une arme. Je perçois aujourd'hui la vie présente de notre Nation comme une gigantesque cérémonie vaudou avec ses rituels, ses objets transitionnels, ses incantations, ses transes et ses sacrifices. Quand je pense que notre pays a inventé "les lumières"... Sans revenir à un culte de "la raison" dont on peut utilement se souvenir qu'il a amené un joyeux fonctionnement de la guillotine, j'aimerais néanmoins que les Français ramènent "l'adulte aux commandes", comme on dit en analyse transactionnelle, et que la pensée prenne le pas sur l'émotion. Sinon, croyez-moi, on est mal barré.

dimanche 14 janvier 2018

Je suis toujours là...

J'ai reçu un courriel inquiet de mon silence.

Je remercie beaucoup la personne qui me l'a envoyé. Et je tiens à la rassurer, je vais bien. Enfin, je vais bien...

Je ne suis ni malade, ni retraité (j'aimerais bien, je pourrais - avec une belle décote -). Non, je suis simplement las de ces batailles qui tous les trois ans doivent recommencer, parce que nous avons un nouveau Président, un nouveau gouvernement, un nouveau ministre avec ses propres lubies. Je suis fatigué aussi parce que depuis deux ans mes conditions de travail sont devenues difficiles pour ne pas écrire infernales. Je n'ai plus l'énergie d'écrire ici ou ailleurs alors que sortant de ma classe et de ma direction d'école je ne pense qu'à me coucher dans un canapé avec un bon bouquin, pour m'y endormir après dix minutes.

Me répéter encore et toujours m'est devenu illusoire.

Un autre truc qui m'a épuisé, ce sont les soubresauts du GDiD. Cette association dans laquelle je m'étais - un peu - investi tente de préserver ses acquis et c'est fort compliqué. Je ne mets aucunement en doute la conviction de ses dirigeants bénévoles, mais recommencer encore et  toujours pour les raisons expliquées plus haut... Je ne comprends même pas comment ils font, je suis pour tout dire assez admiratif. Il est vrai que les acquis de l'association sont si forts qu'aujourd'hui la plupart des syndicats ont repris les revendications du GDiD. En revanche, le ministère semble les ignorer. Bref, tout ça m'épuise l'intellect.

Alors écrire cent fois le même sempiternel billet... pour quoi faire? Convaincre les convaincus? Moquer les imbéciles? Ces derniers sont aujourd'hui trop nombreux, c'est un boulot sans fin, ni utilité.

Je ne veux pas dire que je ne reviendrai pas seriner mes plaintes. Mais me préserver est primordial. C'est aujourd'hui mon principal moteur. Je fêterai mes cinquante-sept ans dans quelques semaines, sans joie particulière. En plus je suis depuis peu grand-père d'un magnifique petit garçon - c'est le premier - dont l'arrivée et la présence emplie de vie et de potentiel comble de bonheur l'aïeul que soudain je suis devenu. Il existe une échelle dans les priorités d'un homme. Derrière mon petit-fils le ministre Blanquer est un épiphénomène dont même la longévité est si sujette à caution que je ne parierai pas un kopeck dessus. Alors pourquoi s'exciter? Je suis là depuis bientôt quarante ans pour presque moitié autant de ministres.

Je vous souhaite à tous, grands ou petits, tout le bonheur possible. La vie est compliquée, la mort est au bout et s'il est bien une chose dont on soit tous certains c'est bien celle-là! Nous avons le devoir de faire le maximum pour vivre au mieux malgré les douleurs et les épreuves, de transmettre à autrui, à nos enfants comme à ceux des autres pour ce qui nous concerne, le meilleur de ce qui nous construit et non le pire. Je ne demande rien sinon pour chacun de profiter au maximum des petits bonheurs les plus simples, de savoir se réjouir du moindre de ce que ce monde et les autres peuvent nous offrir de bon et de positif. Exultez au moindre rayon de soleil, au moindre sourire qui vous soit adressé, exaltez-vous du plus petit signe de reconnaissance, de la moindre bribe de vie que vous saurez attraper. Et surtout rendez! Rendez tout! Donnez à chacun un peu de ce que vous recevez, cela ne sera jamais à votre détriment et bien au contraire.

Ah ouais, j'ai un petit truc pour vous quand même :



samedi 1 juillet 2017

Les boucs émissaires...

Louise Tourret dans un récent article évoque avec son talent habituel les "vacances" des enseignants, et tente d'expliquer qu'elles sont toujours en grande partie studieuses. Elle ne sera évidemment pas lue par ceux qui le devraient, ce qui est bien dommage. Et puis, les aurait-elle convaincus? J'en doute fort, tant les enseignants sont depuis trente ans devenus les boucs émissaires de tout ce qui va mal dans notre société.

Lors de mon dernier Conseil d'école j'ai été pris à partie par un parent d'élève qui dans une attaque ad personam m'a affirmé haut et fort et avec agressivité que si ma classe cette année était une classe difficile c'était forcément de ma faute, de quelque manière que je m'y prenne. Cette génération nous aura pourri la vie durant trois ans dans notre école, tout aura été essayé sans que ça change, mais c'est bien entendu de notre responsabilité. C'est plus facile.

Dans un autre registre, le déficit prévisible des comptes de l’État souligné récemment par la Cour des comptes, organisme indispensable pour lequel j'ai un profond respect, est certainement de la faute des fonctionnaires. L’Éducation nationale étant le premier employeur d’Europe, la responsabilité de ces nantis d'enseignants est bien entendu évidente. Que les rapports de l'OCDE puissent nous prouver par A plus B que nous sommes les enseignants les moins bien rémunérés de toute l'OCDE n'est que billevesée face aux soucis de français. Il est donc facile pour un nouveau gouvernement qui bénéficie de l'aura d'un récent plébiscite de proposer comme première mesure d'économie de nous mettre à la diète. la priorité à l'éducation aura vécu.

Nantis, feignants, incompétents, que n'avons-nous pas entendu depuis tant d'années? Ces mots résonnent à mes oreilles depuis bientôt quarante ans. Pourquoi n'arrivons-nous donc pas à mieux nous défendre? Déjà il est difficile d'aller contre les poncifs complaisants martelés à longueur de temps depuis des lustres par une classe politique qui nous courtise tout autant qu'elle nous hait. Et nous sommes stupides, il faut bien l'écrire. Nos ailes ont été rognées depuis bien longtemps, nous sommes fatigués, las, et nous n'avons plus la force de nous battre. De plus nous continuons bêtement à faire confiance à nos élèves, nous voulons qu'ils réussissent tous malgré l'évidence que ce ne sera pas le cas. Nous sommes bienveillants, c'est peut-être un tort. Laisser croire aux petits français qu'ils peuvent tous accéder à des études supérieures est un leurre qui se heurte avec une violence inouïe à la réalité après le baccalauréat.

Et puis nous avons laissé entrer la société civile dans nos écoles, en trompant les parents d'élèves quant à leur rôle. Ils ne savent pas être parents et il faudrait qu'ils sachent être "parents d'élèves" ? Mauvaise plaisanterie. L'enfer est pavé de bonnes intentions. Je ne nie pas ma responsabilité dans ce processus, j'y ai naïvement cru. Je n'y crois plus, je m'en suis trop pris dans les dents, et je ne sais pas être cynique dans la vie réelle comme je peux l'être par écrit ici.

C'est ainsi que récemment un collègue du supérieur m'a raconté abasourdi qu'il lui arrivait maintenant de recevoir des parents d'étudiants, désespérés par la réalité des compétences de leur enfant. Que doit-il faire? Ses élèves sont adultes, ont 20 ou 22 ans, que peut-il se permettre de dire à des parents qui ne sont plus responsables civilement? Et puis surtout à ses yeux - il est jeune - le fond de ces interventions est ahurissant. Il a raison, c'est pleinement représentatif d'une époque et d'une société déboussolées.

Je vais essayer de tenir le coup jusqu'au bout de cette année scolaire qui n'en finit pas, malgré la fatigue et les coups. C'est difficile.

dimanche 25 juin 2017

On n'a pas de bol quand même, ou pauvre NVB...

Il y a comme un problème. Du moins je trouve, moi. Du haut de mon mètre 75 un peu tassé avec l'âge, j'ai du mal à admettre qu'on puisse tenir deux discours différents sans y voir aucune antinomie.



Je parle de notre nouveau gouvernement, ou de notre nouveau ministre, mais comme il semble que notre Président de la République étende ses ailes avec force et détermination au-dessus de ses oisillons apeurés, il est clair que les décisions viennent pour l'instant directement de l’Élysée.

Effectivement M. Macron avait dans ses promesses de campagne affirmé qu'il dédoublerait les classes de CP voire de CE1 des zones "difficiles", entendez les écoles en REP ou REP+ (au passage cette surenchère m'a toujours rendu ahuri, on dirait un sketch de Coluche, à quand les REP++ et +++ ? ). Pourquoi pas, dans l'absolu. Sauf que douze élèves c'est idiot parce qu'il n'existe aucune synergie dans la classe, sauf que les Directrices et Directeurs de ces écoles qu'ils gèrent au quotidien n'ont rien demandé en ce sens, sauf que la plupart préfèreraient avoir des sous qu'ils pourraient mettre là où ils en ont besoin, ou profiter de l'excellent dispositif  "Plus de maîtres que de classes" réclamé depuis plusieurs décennies et enfin réalisé par l'excellente Najat Vallaud-Belkacem qui ne méritait certainement pas ce qui lui est arrivé. Notons au passage que ce dispositif est celui employé dans les fameuses écoles finlandaises où il fait je l'espère plus frais qu'ici. Mais pour satisfaire une partie déprimante de son électorat le présent gouvernement veut balayer tout ce qui fut marqué du sceau de l’infamie NVB. Pov' Najat ! Et je ne moque pas, j'ai suffisamment écrit ici tout le bien que je pensais de cette femme. Si vous n'êtes pas content je vous tire la langue, na na nère, et il est temps que je parte en vacances parce que si je me mets à causer comme mes élèves...

On n'a pas de bol, quand même, dans l'Educ'Nat. Après François Hollande qui a voulu respecter sa promesse de campagne impromptue de créer soixante-mille postes d'enseignants lors du quinquennat, quitte à sacrifier ou handicaper tout le reste et tout ce qui pouvait faire progresser l'école d'une autre façon, voilà que M. Macron fait la même chose. Si les Présidents élus se mettent à respecter leurs promesses, où va-ton, bordel !

Parce que je trouve que ça fait désordre. Comment peut-on d'une main clamer son amour immodéré pour l'autonomie des écoles et des établissements, en faire un cheval de bataille, un alpha et un omega, et en même temps nous enfoncer dans la tête une telle épée de Damoclès, bureaucratique et institutionnelle, sans concertation ni sans se poser aucune question?

Parce que l'injonction est totale. Les moyens? On s'en fout! Les locaux? On s'en fout! Les municipalités? On s'en fout! Je peux écrire d'ailleurs exactement la même chose avec le fabuleux retour aux "quatre jours" qu'une masse incommensurable d'écoles va devoir appliquer dès septembre prochain. Il faut avouer que là Peillon - qui fait bien de se promener en péniche et de se faire oublier - avait fait une connerie monumentale, emporté lui aussi par ses certitudes sans concertation et son ostensible mépris pour les gens de terrain et les territoires. 

Comme d'habitude, ce sont les Directrices et Directeurs d'école, corvéables à merci, qui vont devoir trimer. Les fonctionnaires fonctionnent. Et attention! Il n'y aura aucun aménagement, on a dit douze, ce sera douze, démerdez-vous! Je ne doute pas une seconde que les recteurs et dasens aux abois sauront faire preuve de zèle et de diligence...

Est-ce que je suis coupable de trahison, ou de mauvais esprit, si j'écris que tout ça me gonfle profondément, et que j'en ai marre de toutes ces conneries? J'ai assez souvent exprimé que ce sont les agents de terrain qui savent le mieux ce qui convient à leurs élèves, dans leur commune. Mais bernique! Tous ces gens-là, arc-boutés sur leurs certitudes, s'en foutent tant ils croient le savoir mieux que nous.

Et merde à l’État jacobin.